09/08 : vallée de Colca

Publié le par JB

Lever 7h. C'est notre guide en personne, Raúl, qui vient nous chercher à l'hôtel vers 7h30Colca-ErosTour.jpg pour nous emmener dans notre bus "Eros Tour". On commence par se demander si on ne s'est pas trompé d'excursion... Ce matin, c'est ramassage scolaire : on passe dans tous les hôtels de la ville pour récupérer quelques personnes à chaque arrêt. On se retrouve vite entourés de Nord-Américains et d'Européens, ça nous change un peu des cars régionaux de la vallée sacrée, mais on doit assumer notre choix. Une heure plus tard, le car est enfin complet et nous voilà en route vers Chivay, ville située à l'entrée du cañon de Colca. Mais auparavant, il nous faut suivre la route passant par l'altiplano à proximité du Misti et du Chachani (carte de la région). On s'arrête pour observer des vigognes (ou vicuñas, espèce sauvage de la famille des lamas) au passage d'un col à 4910 m. Le plateau est immense et réellement désertique : à cette altitude, seules quelques rares pousses de verdure subsistent. On sort le bonnet et les gants ; un petit mate de coca au bord de la route est le bienvenu.
Colca-vigognes.jpg
Raúl profite de la route pour nous faire un petit cours de culture inca. Les montagnes étaient considérées comme des dieux (apu en quechua), de même que les astres, comme on l'avait déjà vu dans la vallée sacrée de Cusco. Colca-terrasses1.jpgLa fête du soleil (Inti Raymi) était et est toujours célébrée lors du solstice d'hiver (austral), le 24 juin. La langue quechua est encore aujourd'hui parlée par 4 millions de Péruviens (sur une population totale de 26 millions d'habitants), tandis que l'aymara demeure encore la langue principale de 400 000 d'entre eux, à proximité du lac Titicaca.

Nous arrivons à Chivay vers 13h et nous quittons le reste du groupe, sans verser de larme, pour rejoindre notre hôtel Tradición Colca à Yanque. Le taxi qui nous emmène emprunte, sur une dizaine de kilomètres, la piste non asphaltée qui s'enfonce dans le cañon. On constate déjà la présence de quelques terrasses de culture sur les pentes voisines. Nous déjeunons à notre arrivée à l'hôtel, dans une salle à manger plutôt jolie mais quasiment déserte. Nous rencontrons Julian, qui sera notre guide au cours du trek au fond du cañon. Nous convenons d'un point de rendez-vous le lendemain matin à la Cruz del Condor, où un bus doit nous emmener observer le vol planant des condors. On fait également la connaissance de deux étudiants français qui effectuent un stage d'été dans l'hôtel. Colca-fiesta-armee-fanfare.jpgL'un d'eux nous accompagnera, dans l'après-midi, pour une balade dans les "collines" environnantes : on est à près de 4000 m et le froid est encore plus perçant qu'ailleurs, dès que le soleil se cache.

On entend alors un son de fanfare qui monte du village : il s'agit des préparatifs de la fête célébrant la fin des travaux communautaires. Chaque année, les hommes du village partent 3 ou 4 jours dans les montagnes, à plus de 5000 m, pour nettoyer en amont l'ensemble des canalisations d'irrigation des champs. Pour les accueillir, la fanfare, escortée par l'armée, part à leur rencontre, suivie de toutes les femmes et enfants du village, les bras chargés de brioches et de jarres remplies de chicha (boisson plus ou moins alcoolisée, à base de maïs fermenté). Toute cette joyeuse troupe attend le retour des travailleurs au milieu des terrasses, à mi-pente, lorsque tout à coup apparaît au loin le drapeau de tête de cortège des hommes. Colca-fiesta-colonne2.jpgIls descendent tous à la queue leu leu, chapeau sur la tête, pelle ou pioche sur l'épaule, marchant au pas de la musique de la fanfare (on a l'impression d'assister à un remake des Sept Nains). Suit alors toute une parade assez codifiée où travailleurs et musiciens se croisent et se recroisent, défilant devant tout le village et notamment les femmes, qui sont vêtues pour l'occasion de leurs habits de fête (assez semblables à leur tenue de tous les jours, mais plus finement exécutés). Elles portent donc 3 ou 4 jupes brodées superposées, ainsi que plusieurs chemisiers et gilets pour le haut du corps (les nuits sont fraîches, faut-il le rappeler...). L'accessoire essentiel de la tenue est bien sûr le chapeau qui permet de distinguer l'appartenance de la famille à l'une des deux ethnies présentes dans la région : le sombrero collagua, blanc, plat sur le dessus, comporte un ruban de dentelle qui en fait le tour et une ou deux cocardes (rozones) sur le côté (la femme est mariée si le chapeau a un seul rozón et célibataire s'il en a deux) ; le sombrero cabana, très coloré, avec un dôme central arrondi, arbore de fines broderies représentant des animaux (article à ce sujet).

  Colca-fiesta-drapeau.jpg Colca-fiesta-colonne3.jpg Colca-fiesta-colonne4.jpg

Puis vient le temps des retrouvailles proprement dites, où les femmes apportent aux hommes de grands verres de chicha qu'ils se doivent d'accepter (la plupart ne se fait d'ailleurs pas prier). Colca-fiesta-chicha.jpgTrès vite, l'alcool et la fatigue aidant, certains commencent à danser au son de la fanfare qui joue en boucle le même morceau. Puis a alors lieu la cérémonie d'ouverture des vannes, afin de voir enfin l'eau jaillir dans les canalisations fraîchement nettoyées. Tout au long de ce cérémonial, nous sommes restés un peu à l'écart, afin de ne pas perturber cette fête populaire et certains villageois viennent maintenant nous proposer de goûter leur chicha : celle-ci est assez amère et a un goût de terroir prononcé. Le plus frappant, c'est cet esprit de solidarité et de partage que l'on ressent très fortement, jusque dans la manière de boire la chicha dans un même grand verre que l'on transmet à son voisin.

Colca-fiesta-femme.jpg Colca-fiesta-danse.jpg Colca-fiesta-femmes-cabana.jpg

Le jour commence à tomber et la fête est loin d'être finie, mais on doit rentrer à l'hôtel pour dîner et se réchauffer. Malheureusement, le chauffage est plus ou moins en panne et l'on s'attend à une nuit glaciale. Au menu du dîner : truite  grillée (trucha) venant directement du petit marché du village. Ensuite, on s'habille autant qu'on le peut (polaires, coupe-vent, gants, bonnet) pour aller faire un tour dans le village vers 21h. Il fait nuit noire et, sans éclairage public, nous nous dirigeons au son de la musique de la fête. Le froid qui s'est installé a amené les gens à délaisser les champs où la fête avait commencé dans l'après-midi pour migrer dans les cours intérieures et maisons de certains habitants du village. La chicha y coule à flot et tous les passants sont invités à entrer. La fanfare joue toujours les mêmes airs (de moins en moins juste, la chicha y serait-elle pour quelque chose ?) et les femmes dansent (pour se réchauffer ?) pendant que les hommes boivent (pour se réchauffer ?). Certains des travailleurs continuent même à défiler la pelle sur le dos, entre deux verres. Nous laissons les villageois à leur fête pour rejoindre nos lits vers 22h30 dans une chambre glaciale.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article