31/07 : Cusco - Chinchero - départ pour Puerto Maldonado

Publié le par JB

Pour notre dernière journée à Cusco, on se lève à 7h et on prépare nos sacs pour la forêt amazonienne (selva) : on laissera le reste de nos affaires à l'hôtel pour 6 jours (vu les conditions de voyage auxquelles on s'attend, on emportera le strict minimum). Dernière balade matinale dans les rues de Cusco : Florent profite de la luminosité pour jouer à l'apprenti photographe. Comme notre bus pour Puerto Maldonado part à 16h, on va profiter de cette journée pour se rendre à Chinchero, connu pour ses ruines incas et pour son marché artisanal. On se dirige tranquillement vers le terminal des bus pour Urubamba et on est à bord vers 9h30.

Après une petite demi-heure de trajet, nous arrivons à Chinchero, petit village très authentique, dont la plupart des maisons sont en adobe (briques faites d'un mélange de boue et de paille, séchées au soleil). Chinchero-marche.JPGLe haut du village offre une jolie vue sur toute la vallée. On se dirige alors vers la place de l'église et son marché, constitué d'une vingtaine d'étalages à même le sol. Il y a encore très peu de monde, l'heure de pointe étant plutôt en fin de journée : on en profite pour faire quelques achats (bonnets et pulls en laine d'alpaga, nappes en coton). On est (presque) devenus les rois du marchandage (le secret : avoir le temps !), même si c'est toujours un peu délicat de situer la frontière entre réelle arnaque et juste rémunération du travail. Visite de l'église assez richement décorée, toujours un peu kitsch, et petit tour dans les désormais traditionnelles ruines incas. Elles sont constituées d'un petit tunnel naturel entre les roches et de plusieurs étages de terrasses. Là, des paysannes font sécher leur récolte de pommes de terre (papas), selon la méthode inca qui leur permettra de les conserver plusieurs années. Il est déjà temps de penser au retour à Cusco. Le bus nous passe sous le nez : on se replie donc sur l'option colectivo (taxi partagé avec d'autres clients).

Arrivés à Cusco, on se dirige tout droit vers la salteñeria qu'on avait repérée depuis quelques jours et qui n'est en fait ouverte que dans la journée. On s'enfile deux salteñas chacun, excellent ! Encore une fois, petite prise de risque avec nos intestins avant les 18h de car pour Puerto Maldonado, mais c'est tellement bon ! Juste le temps de faire quelques courses pour le voyage (eau, pain, thon en boîte, biscuits Ritz...) et on retourne à l'hôtel pour récupérer nos sacs prêts pour l'Amazonie. Nous arrivons au terminal terrestre vers 15h. Au moment de l'embarquement, on comprend vite que les superbes photos du bus qu'on nous avait présentées la veille au guichet de la compagnie devaient dater de quelques années... Carrosserie un peu cabossée, rouillée par endroits et confort rudimentaire à l'intérieur (sièges assez vieillots, fenêtres ne fermant pas...), mais l'essentiel y est : Cusco-PuertoM-bus.JPG4 roues énormes, de solides amortisseurs et une mécanique suédoise (Volvo) réputée pour sa solidité à toute épreuve ! Florent est gâté car son siège s'allonge même (un peu). Un écran de télé trône à l'avant du car, solidement fixé : nous nous rendrons vite compte qu'il n'est là que pour la décoration. On jauge nos membres d'équipage qui vont nous accompagner pendant (au moins) 18h : un chauffeur et deux mécanos... hum, il est trop tard pour reculer ! Nous voilà partis dans les faubourgs de Cusco, sur la route de Puno. Pas une seule place libre dans le bus : nos plus proches voisins sont un couple avec deux enfants qui feront le voyage sur une banquette pour deux et une jeune maman avec son bébé de 27 jours (!) sur les genoux. Le bus effectue des arrêts fréquents jusqu'à Urcos pour laisser monter des passagers dans l'allée ! Le Diesel suédois a l'air de bien se comporter : en tous cas, on entend bien le moteur ("hein ? ta soeur elle bat l'beurre ?") ! Petite pause à Urcos (60 km de Cusco) pour un dîner servi à bord (à base de riz). De nombreux vendeurs montent à l'intérieur du bus pour nous proposer mate de coca et pain pour le voyage. Il est environ 17h30 lorsqu'on repart d'Urcos et, quelques kilomètres plus loin, nous quittons la route de Puno pour prendre la piste menant à Puerto Maldonado : plus d'asphalte et ça grimpe fort ! L'aventure commence...

Carte-Cusco-PuertoM.jpg
A peine quelques kilomètres et nous voilà déjà stoppés : beaucoup de camions et quelques cars sont arrêtés devant nous. Ils sont tous très hauts sur leurs roues énormes et la plupart sont des camions citerne portant la mention Combustible : PELIGROSO, voilà de quoi nous rassurer ! Certains de ces camions chargent même des personnes dans leur benne ou même au-dessus de la cabine du chauffeur, assis sur leurs bagages... finalement, pas de quoi se plaindre de nos conditions de voyage ! La nuit commence à tomber et on repart sur la route qui s'élève de plus en plus. Cusco-PuertoM-camion1.JPGEn fait, la piste était simplement fermée à cause des travaux : on croise d'ailleurs de nombreux camions et 4x4 qui redescendent les ouvriers du chantier à Urcos. Et comme la route est souvent trop étroite pour permettre à deux véhicules de se croiser, notre chauffeur est obligé de s'arrêter et parfois de manoeuvrer pour pouvoir passer. Nous sommes déjà à 4000 m et il fait maintenant nuit, mais la pleine lune veille sur nous. Malgré l'altitude, il ne fait pas encore trop froid à l'intérieur du bus. Notre chauffeur a une conduite un peu sportive et il entame une remontée spectaculaire de la file de camions et bus qui nous précédaient tout à l'heure, les doublant un à un dans les lacets de la piste. Nous sommes ballotés dans tous les sens, mais on commence malgré tout à somnoler, n'ayant pas grand chose d'autre à faire (pas de lumière à l'intérieur du car). C'est au détour d'un virage serré que notre chauffeur-pilote gagne son surnom de Jean-Manuel (hommage à Fangio). Ca doit être le manque d'habitude, mais à chaque virage un peu sec, on a vraiment l'impression que le bus va se renverser ! Ouf c'est passé cette fois, en attendant le prochain...

Subitement, dans une descente en ligne droite où Jean-Manuel tente une petite pointe de vitesse, un des mécanos déboule dans l'allée du car et ouvre une trappe au milieu de l'allée (j'écrivais plus haut qu'on entendait bien le moteur... là on l'entend encore mieux !). Le mécanicien crie quelques mots au chauffeur et on finit par s'arrêter sur le bord de route. Cusco-PuertoM-camion2.JPGC'est Jean-Manuel lui-même qui vient voir ce qui se passe, une caisse à outils à la main, pendant qu'un des mécanos donne de violents coups de pied sous le car, depuis l'extérieur. On finit par comprendre qu'il s'agit d'un problème de boîte de vitesse. Après un bon quart d'heure d'arrêt et s'être fait redoubler par beaucoup de camions et cars, au grand dam de Jean-Manuel, tout semble rentrer dans l'ordre et on repart de plus belle. Notre chauffeur est bien décidé à rattraper le retard pris lors de cet arrêt. Commence alors une course folle dans les lacets de plus en plus étroits, à coups d'accélérateur, de frein et de klaxon dès qu'un dépassement est en vue. On remonte une fois encore toute une file de camions et bus, puis la piste commence une descente vertigineuse (heureusement il fait nuit !) dans une vallée encaissée. Nous sommes maintenant presque seuls dans ce désert montagneux, hormis quelques lueurs de phares à l'horizon. La pleine lune nous permet néanmoins de profiter des paysages... lunaires (!) que nous traversons : des montagnes sablonneuses immenses se dressent tout autour de nous. Au milieu des lacets de la descente, on finit par rattraper un bus : coups de klaxon appuyés, freinages brusques, on sent Jean-Manuel un peu énervé... Il tente de faire l'extérieur dans un virage en épingle, mais réalise que ça ne passera pas... debout sur les freins... ouf ! on s'arrête au bord du précipice... C'est dommage, il commençait tout juste à gagner notre confiance. Bon, on fait une petite marche arrière... aïe, ça ne passe pas, la boîte de vitesse se rappelle à nous ! Après plusieurs essais infructueux, on se trouve donc avec l'avant du car au-dessus du vide et nos deux mécanos la tête dans la boîte de vitesse ! Bien entendu, nous sommes en travers de la piste et un petit bouchon de camions se forme derrière nous, commençant à s'impatienter... Une vingtaine de minutes et quelques tentatives plus tard, la marche arrière passe enfin ! Nos mécanos ont semble-t-il trouvé la technique : il suffit d'aider manuellement le pignon à engrener, en passant tout simplement le bras à l'intérieur de la boîte de vitesse, par la trappe ouverte au milieu de l'allée ! On se remet donc en route, Jean-Manuel s'étant calmé et ayant sans doute compris qu'il ne battrait pas son meilleur temps sur le trajet cette fois-ci. Et quand on croise un camion dans un passage étroit, il est tout à coup beaucoup plus courtois pour le convaincre de reculer plutôt que de tenter à nouveau un hypothétique passage de marche arrière. Le rythme s'est considérablement ralenti mais on avance tant bien que mal ; la boîte de vitesse nécessite régulièrement l'intervention manuelle d'un mécano par la trappe d'accès restée ouverte au beau milieu de l'allée, mais sans pour autant arrêter le bus. Il est minuit et on aperçoit les premières cimes enneigées...
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article