Petite grasse mat' jusqu'à 9h. Lorsqu'on sort de l'hôtel, notre rue (qui donne sur la
Plaza Mayor et le palais présidentiel) est bloquée à la circulation par des grilles énormes. Des
manifestations sont prévues dans la journée et la police est déjà présente en nombre, sans compter les véhicules blindés postés en permanence devant les bâtiments officiels. La situation sociale
est très tendue depuis quelques mois puisque le président,
Alan García, a dû affronter les plus importantes manifestations dans le pays
depuis 2000 et la chute du régime
fujimoriste. On prend un solide petit-dej juste à côté de l'hôtel, à base de sandwichs et de riz,
avant de partir en taxi au
Museo de la Nación (course d'1/2h pour 7 NS) : notre chauffeur prend soin de bien
verrouiller nos portières de l'intérieur et, sur le trajet, on emprunte des ruelles à travers la banlieue de la ville, passant d'un quartier aisé à un autre très pauvre, sans aucune
transition.
Le musée est extérieurement assez laid (gros bloc de béton paraissant inachevé) et l'intérieur est constitué de salles plutôt froides, souvent en courant d'air.

Néanmoins, l'exposition permanente est très intéressante et la présentation assez pédagogique :
on découvre par ordre chronologique les différentes civilisations ayant peuplé le Pérou au cours du temps et des objets trouvés par les archéologues viennent illustrer les nombreuses explications
écrites. Les deux premiers niveaux sont consacrés aux peuples pré-incas (Moche, Chimú, Huara, Nazca, Paracas, Chavín...), puis le second étage est entièrement dédié à l'empire Inca. On y découvre
quelques objets exceptionnels (céramiques, poteries, tissus, masques, bijoux...), mais cette visite nous sert surtout de révision théorique concernant tout ce qu'on a pu voir au cours des trois
dernières semaines : on resitue un peu mieux
les différentes civilisations, dans l'espace et dans le temps. C'était
finalement une excellente idée de garder cette visite pour la fin de notre voyage ! On prend notre temps dans le musée et on y reste jusqu'à 13h.
Sur les conseils de Soizic et Vincent, on ne manque pas l'expo temporaire, au dernier étage du musée, consacrée à la guerre civile et aux actions terroristes qui ont rongé le pays pendant 20 ans,
entre 1980 et 2000. Le
Sentier Lumineux (
Sendero Luminoso), mouvement maoïste emmené par
Abimael Guzmán, est à l'origine d'une guérilla quotidienne, d'abord dans les campagnes (profitant du mécontentement des paysans les
plus pauvres), puis
dans les villes comme Ayacucho et même jusqu'au centre de Lima à la fin des années 80
(moment où les sympathisants sendéristes sont les plus nombreux). En 1992, l'arrestation de Guzman provoque un essoufflement de la guérilla, mais le Sentier Lumineux est bientôt dépassé par un
groupe d'inspiration guevariste : le
MRTA, Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru, du nom du dernier
Inca à s'être soulevé contre les colons espagnols. Les actions de ce mouvement sont beaucoup plus ciblées et leur principal fait marquant est une prise d'otages, en 1997, à l'intérieur de
l'ambassade du Japon à Lima, qui a duré quatre mois (en 1997). Face à ce terrorisme politique, la police et l'armée, par des actions très répressives et systématiques, ont participé à
l'embrasement du pays : de nombreuses exécutions sommaires et emprisonnements injustifiés ont eu lieu en signe de "représailles", majoritairement dans les campagnes, chez les populations
indigènes (notamment au cours du premier mandat du président actuel, Alan García, puis sous l'ère Fujimori). De nombreux témoignages d'innocents emprisonnés et des images terrifiantes de
charniers humains rendent compte des horreurs perpétrées au cours de cette période. L'exposition se termine sur un message de réconciliation nationale, les faits étant encore tout frais dans la
tête des gens. Un petit dépliant tire les leçons de ce
conflit meurtrier et présente certaines mesures à prendre, pour
éviter un retour à ces années noires. Force est de constater qu'il reste encore beaucoup à faire et que les inégalités énormes entre les paysans des hauts-plateaux et les jeunes cadres de Lima,
par exemple, sont encore un terreau propice à de nouvelles insurrections populaires.
Littéralement passionnés par ces expositions, on en aurait presque oublié de manger. On ressort du musée vers 15h, frigorifiés, pour regagner le centre-ville en taxi. On part alors déjeuner dans
le quartier chinois, puis on en profite pour faire quelques emplettes avant le retour (bouteilles de Pisco notamment). On entre dans le marché couvert, un immense bâtiment rempli de petites
échoppes et couloirs étroits. On y trouve absolument tout (alimentation, déco, habillement...) à des prix défiant toute concurrence... sauf des souvenirs pour touristes !

Mais ça valait vraiment le détour. Finalement, il est déjà presque 18h et on
passe récupérer notre linge propre déposé la veille à la laverie. Florent jubile en remplaçant enfin son pantacourt par un jean plus approprié aux températures liméennes. On retourne au petit
marché artisanal de la veille, derrière le palais présidentiel : on se trouve presque étonnés du naturel avec lequel on discute les prix. Près de la scène, le même groupe que la veille fait
toujours danser autant de monde au son des rythmes péruviens. Dernier petit tour dans les ruelles du centre-ville : on se décide à dîner dans un tout petit resto de poissons où nous sommes seuls.
Gorge nouée et ventre serré : le spleen nous guette pour ce dernier repas en terre péruvienne. On rentre à l'hôtel vers 22h pour préparer nos sacs et on commande un taxi qui doit venir nous
chercher à la porte de l'hôtel à 3h45 pour nous emmener à l'aéroport (25 NS, un peu cher, mais difficile à négocier). Extinction des feux vers 22h30 pour notre dernière nuit dans l'hémisphère
sud, la tête en bas.