Arrivée à Nazca vers 7h : on a dormi comme dans un lit à bord de notre car grand luxe ! Nazca est une petite ville située au milieu d'une
pampa désertique. Nous avons définitivement
quitté les hautes altitudes de la Cordillère pour revenir au niveau d'un plateau peu élevé (600 m). La ville semble assez pauvre et peu sûre : on retrouve les grilles aux fenêtres qui nous
avaient un peu choqués à Lima, ainsi que les pancartes sur les murs indiquant les maisons gardées. On a réservé un hôtel conseillé par le Routard (
Posada Guadalupe) et Ronald, le gérant,
nous attend à notre descente du bus. Le prix des chambres est raisonnable (30 NS pour deux), mais il nous propose d'emblée de nous organiser un survol en avion des
lignes (principale curiosité touristique), pour un tarif, dit-il, avantageux (65 $ / pers. quand même, soit environ 200 NS...).

On lui explique qu'on préfèrerait se documenter
sur ces mystérieuses lignes avant d'aller les voir et le Routard conseille, pour cela, de se rendre au
Maria Reiche
Centre, du nom de la chercheuse allemande qui a passé une grande partie de sa vie à les étudier. On pense également y trouver des infos sur la meilleure manière de découvrir les fameuses
lignes. Le
Maria Reiche Centre n'ouvrant qu'à 9h, on a tout juste le temps de prendre une douche à l'hôtel, avant que Ronald ne revienne à la charge, cette fois jusque dans notre chambre
et de manière plus insistante. Il nous explique que le survol des géoglyphes (nom savant pour évoquer les lignes) est une chose immanquable et que le tarif qu'il nous propose est très compétitif.
A la lecture des guides, nous n'en sommes pas si sûrs, mais on manque un peu de repères : l'insistance avec laquelle il essaie de nous convaincre ne nous paraît pas vraiment un gage d'honnêteté
et on refuse à nouveau. On s'installe alors pour prendre un petit-dej dans l'hôtel et il revient en force avec ses collègues de la réception pour nous solliciter à nouveau : cette fois, ils ont
compris que nous n'avons sans doute pas l'intention de survoler les lignes, mais ils nous proposent une excursion d'une journée, comprenant la visite d'un cimetière pré-inca, ainsi que la
découverte d'une partie des lignes, depuis un mirador. On réussit à faire baisser le prix à 70 NS / pers. (entrée du cimetière comprise) et on finit par accepter, relativement agacés par leur
insistance. C'est la première (et la dernière) fois du voyage que la pression touristique nous pèse à ce point.
Nous partons alors au
Maria Reiche Centre : croyant découvrir un musée ou un labo de recherche sur les lignes, nous sommes assez surpris de ne découvrir qu'un vieux hangar où s'entassent
des tas de paperasses et autres objets improbables. Au centre, une maquette du
plateau de Nazca
sur laquelle sont dessinées les lignes, découvertes en 1926. Nous sommes accueillis par Viktoria, une disciple de Maria Reiche qui a repris à son compte les recherches, depuis la mort de
celle-ci, en 1998. Quatre jeunes Québécois nous rejoignent pour assister à cette présentation des lignes par Viktoria, l'excentrique. Elle nous explique la théorie de Maria Reiche sur les lignes.
Elles auraient été tracées entre l'an 300 et 900 environ par la civilisation des Nazcas et elles représenteraient un calendrier astronomique gigantesque : cette idée vient du fait qu'on peut
repérer différents alignements de ces lignes avec des constellations et avec le soleil, notamment lors des solstices et équinoxes.

Il existe cependant de
nombreuses théories à ce sujet et il ne s'agit que d'une hypothèse parmi d'autres. Les lignes parfaitement droites et trapèzes
tracés au sol seraient également censés indiquer l'emplacement des cours d'eau souterrains que les Nazcas avaient réussi à repérer dans ce désert. Mais les éléments les plus étonnants sont les
figures représentant des animaux pour la plupart, dont certaines mesurent plus de 200 m et ne sont visibles dans leur intégralité que du ciel ! Beaucoup de mystère demeure donc autour de ces
lignes. Enfin, Viktoria nous explique à quel point il s'agit d'un site qu'il faut préserver car sa récente dégradation rapide est inquiétante : les principales causes en sont les nombreux
visiteurs peu scrupuleux qui marchent dessus, les dérèglements climatiques et les aménagements humains locaux qui ne se soucient guère de ce patrimoine en péril (ainsi la route Panaméricaine
passe au beau milieu de cette réserve archéologique). L'Etat investit très peu d'argent pour la conservation de ces géoglyphes, pourtant classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO,
et les recherches sur le sujet sont extrêmement limitées, par manque de moyens là encore.
En sortant de cette visite, on sympathise avec les Québécois qui nous accompagnaient et on se donne rendez-vous pour un dîner francophone le soir même. Il est environ 10h30 lorsque nous partons
en direction du cimetière pré-inca de Chauchilla, à une trentaine de kilomètres de la ville, dont une partie sur une piste sablonneuse partant de la route panaméricaine, au milieu d'un immense
plateau désertique. Le cimetière est constitué de nombreuses sépultures creusées dans le sol :

les momies étaient déposées dans ces trous, accompagnées de vases en céramique et offrandes diverses (tissus, bijoux...), puis le trou était recouvert
de rondins de bois et de terre. Malheureusement, de tout temps, les tombes ont été pillées dans le but de récupérer bijoux et autres objets de valeur ; actuellement, un gardien surveille le site
24h/24. Les momies mises à jour sont dans un état de conservation remarquable, après mille ans passés à l'abri de la lumière, dans leur tombe, en position foetale. Mais leur dégradation est
aujourd'hui très rapide, dans ce musée en plein air, à cause du rayonnement solaire et du vent. Là encore, le manque de moyens pour l'entretien du site est flagrant. Sur le chemin du retour,
notre programme de visite comprend un arrêt chez un orpailleur. Il nous présente brièvement le
procédé chimique de
détection de l'or (formation d'un amalgame, au contact du mercure, qui est ensuite distillé pour récupérer l'or pur). En fait, les minerais sont d'abord extraits à la mine puis sont amenés
chez l'orpailleur où chaque bloc est analysé dans un bassin. Les produits utilisés sont extrêmement toxiques, aussi bien pour l'environnement que pour les gens qui y travaillent, dans des
conditions difficiles et sans aucune protection. Evidemment, tout cet or est avant tout destiné aux marchés nord-américain et européen... Intéressant de découvrir ce qui se passe en coulisses :
lorsqu'on achète un bijou en métal précieux, on participe bien souvent à la pollution de la planète et à l'exploitation de travailleurs aux conditions de vie parfois très pénibles.
De retour à Nazca vers 13h30, on part se renseigner auprès des compagnies de bus pour faire le trajet Nazca-Lima le lendemain matin : nous partirons à 6h avec la compagnie Flores (25 NS / pers.
et environ 6 heures de trajet). On trouve ensuite un resto tout simple pour déjeuner : entrée remarquée car je bute violemment dans un morceau de ferraille qui tenait la porte et qui rebondit au
milieu de la salle dans un énorme fracas. Ca aura au moins le mérite de faire rire Florent et toutes les personnes déjà présentes dans le resto... c'est mon côté Pierre Richard ! On mange très
bien pour trois fois rien puis on s'empresse de rentrer à l'hôtel pour partir voir les lignes. En fait, on devra patienter une bonne heure avant qu'un taxi vienne enfin nous chercher, vers 16h,
pour nous amener au bord de la Panaméricaine, en direction du nord, sur le site immense des géoglyphes. Nous passons à proximité de Cerro Blanco, la plus haute dune de sable au monde (2000 m !),
avant notre premier arrêt, sur une petite colline surplombant le plateau aride où sont tracées les lignes.

Elles s'étendent à perte de vue (14 km pour la plus longue, traversée par la route
Panaméricaine) et les rayons bas du soleil de cette fin de journée amplifient le contraste entre le sol gris (oxyde de fer) et les lignes plus claires, légèrement creusées sur 10 à 30 cm de
profondeur, laissant apparaître le sol gypseux. Notre guide-chauffeur de taxi nous expose les théories les plus connues concernant l'utilité de ces lignes... pas très clair ! Bref, passons au
mirador, à quelques centaines de mètres de là : on monte à une vingtaine de mètres au-dessus du sol pour découvrir deux mains et un arbre dessinés sur le sol. Le lézard, quant à lui, est plus
difficile à discerner car presque effacé, d'autant que la Panaméricaine le traverse en son milieu. Dix minutes montre en main, on reste un peu sur notre faim, mais les témoignages de ceux qui ont
opté pour le survol en avion ne sont pas vraiment plus enthousiastes. Au retour, notre chauffeur se prend lui-même son pourboire en nous faisant payer le péage d'entrée dans la ville...
décidément, le tourisme est un commerce, ici encore plus qu'ailleurs.
De retour à l'hôtel, nous retrouvons les Québécois qui nous attendent pour aller dîner. Ils ont repéré une bonne adresse sur le Routard et on les suit bien volontiers. Bonne ambiance à table, on
partage nos curiosités linguistiques et surtout culturelles (merci encore de nous avoir refourgué Céline Dion, Isabelle Boulay, Roch Voisine et Garou...) ! Ils sont surpris qu'on connaisse les
Cowboys Fringants et nous conseillent le film culte de la comédie québécoise : Bon cop, Bad cop. Ils sont tous les quatre étudiants en médecine et ont effectué un stage à l'hôpital d'Iquitos
(ville au nord du Pérou, au milieu de la jungle amazonienne). Ils nous disent le plus grand bien de cet endroit très singulier, puis ils sont partis pour l'
Inca Trail et le Machu Picchu,
avant Arequipa et la vallée du Colca. Ils sont comme nous sur le chemin du retour, mais disposent d'un jour supplémentaire pour s'arrêter aux îles Ballestas, près de Pisco. Pour nous, ça sera cap
sur Lima dès demain. On termine la soirée par un Pisco dans un petit bar du coin avant d'aller se coucher vers 23h30.