Julian, notre guide, vient nous réveiller à 2h45... Finalement, on a presque fait une nuit normale donc le réveil n'est pas aussi difficile qu'on le craignait. Armés de nos lampes frontales, nous
commençons l'ascension vers 3h00, sans même avoir eu le temps d'avaler quelque chose.

Les polaires et bonnets sont les bienvenus parce qu'il fait assez froid et les jambes sont un peu engourdies des efforts de la veille. Les premiers
hectomètres sont donc difficiles, mais on se réchauffe rapidement en remontant le chemin qui serpente au-dessus de nous. Petite pause très courte pour enlever une couche de vêtements et on repart
rapidement, car le vent glacial nous refroidit très vite. On aperçoit la lueur de quelques lampes de randonneurs partis avant nous. Le ton de la "balade" est donné : ça grimpe fort, très fort !
Julian nous emmène à un train d'enfer et on rattrape bientôt le groupe de trois personnes qui nous précédait. On continue au même rythme rapide mais régulier : impossible de parler, nous sommes
trop essoufflés, chacun se perd donc dans ses pensées, en mettant un pied devant l'autre. Les jambes commencent à souffrir un peu ; surtout ne pas penser à l'arrivée... Après un peu plus d'une
heure de montée, la lampe de Florent montre des signes de fatigue inquiétants (un peu comme nous). Je sacrifie alors mes piles d'appareil photos pour lui éviter de finir l'ascension en
"aveugle".
Voilà maintenant plus d'une heure et demi que l'on marche dans l'obscurité totale et cette montée nous paraît interminable : on regarde toujours nos pieds en soufflant comme des ânes. Ah non...
c'est une caravane de chevaux montant de la vallée qui nous rattrape. Ces bêtes-là sont dix fois plus chargées que nous et avancent pourtant deux fois plus vite ! C'est réellement étonnant de les
voir poser leurs sabots sur ce chemin étroit et rocailleux, à la seule lueur des lampes de leurs cavaliers. Vers 5h, alors que la nuit est toujours aussi noire, on aperçoit une bougie sur le bord
du chemin : deux Péruviens sont installés là, sortis de nulle part, par un froid glacial, et vendent eau et biscuits aux randonneurs. Même si nous avons a priori largement assez d'eau pour
terminer la rando, on leur achète une petite bouteille d'eau à 3 NS pour saluer leur courage. La grimpette continue, toujours aussi raide, mais un quart d'heure plus tard le chemin devient plus
plat. On traverse une zone presque inondée par un ruisseau et, après deux gués assez difficiles dans le noir, on arrive en vue de Cabanaconde. A notre arrivée dans le village, on croise quelques
lève-tôt, mais les ânes occupent encore les rues et nous regardent d'un air curieux.
Il est 5h40 lorsqu'on franchit le seuil du petit resto qui nous accueille pour le petit-dej. On a même la possibilité de prendre une douche
caliente dans la cour extérieure (en fait

légèrement tiède... standing gîte de haute montagne) ; on
l'apprécie quand même, malgré la température encore très fraîche. Nous sommes affamés et le petit-dej est avalé en deux minutes, puis on se rend sur la place du village, où le soleil se lève,
pour prendre le bus de 6h30 qui va à Arequipa. Là une foule se bouscule déjà autour du car : la moitié est constituée de touristes ayant passé la nuit dans un hôtel de Cabanaconde et qui se
rendent à la
Cruz del Condor ; des femmes du villages constituent l'autre moitié des passagers, et elle sont lourdement chargées de marchandises qu'elles partent vendre aux touristes
à... la
Cruz del Condor ! Heureusement, Julian nous a réservé des places assises parce qu'il y a environ deux fois plus de personnes que le car ne peut en contenir. Les autres seront
donc debout dans l'allée, serrés comme entre Châtelet-Les Halles et Gare de Lyon aux heures de pointe ! J'ai pitié d'une petite grand-mère péruvienne qui est en train de se faire écraser et on se
serre sur notre banquette pour lui laisser une petite place.
Le début de voyage est donc assez épique avec un brouhaha infernal et ma nouvelle amie qui se retrouve quasiment sur mes genoux. Quatre heures que nous sommes levés et on s'est déjà enfilé 1200 m
de dénivelé. Sans toute cette agitation, on piquerait bien un petit somme. Après environ une heure de trajet, nous arrivons à la
Cruz del Condor : 90 % des gens descendent du bus et on
poursuit ensuite tranquillement notre route jusqu'à Chivay. Les paysages de cette vallée du Colca sont toujours aussi merveilleux. Une pause prolongée à Chivay est l'occasion de tester un
excellent sandwich au poulet. Pendant ce temps, le bus se remplit (et surtout ses soutes). Les gens chargent toutes sortes de choses : des paquets énormes, des poules, des oeufs à peine protégés
et même... un lama ! Stop, c'est plein... on repart, direction Arequipa. Le voyage est entrecoupé (en tous cas pour moi) de micro-siestes réparatrices.

Arrivés à la gare routière d'Arequipa vers midi, on remercie
Julian pour ces 24 heures passées ensemble et on se sépare : nous allons directement au comptoir de la compagnie
Ormeño
(très réputée) afin de réserver un billet pour Nazca, le soir même, en
cama (tarif négocié : 80 NS / pers). Le bus ne part qu'à 22h, ça nous laisse pas mal de temps devant nous.
La priorité, c'est de déjeuner, parce que la rando ça creuse ! On part dans une
cevicheria que Florent a repérée sur un guide. Florent prend donc un excellent
ceviche et j'opte pour un
chicharron (beignets de poisson et crustacés). On
profite ensuite de l'après-midi pour aller visiter le monastère de la Recoleta, de l'autre côté du
río Chili. C'est maintenant un musée dans lequel on trouve un peu de tout. A noter,
quelques objets de civilisations pré-incas (vases principalement) et une collection d'animaux empaillés de la
selva. Mais on y trouve aussi une salle dédiée à des objets ecclésiastiques,
une pinacothèque regroupant des tableaux de l'école de Cusco et même une salle avec des jouets des années 1950-60. La bibliothèque est sans conteste la pièce la plus intéressante : tout en bois,
elle regroupe plus de 20 000 livres, dont certains datent de plus de 500 ans. Nous revenons ensuite tranquillement à pied vers le centre-ville et on en profite pour acheter, en souvenir, quelques
objets d'art précolombien (vases, masque). La nuit tombe déjà et nous faisons notre dernier tour de nuit dans les rues d'Arequipa, en marchant au hasard.

Dîner suivi du maintenant traditionnel Pisco, puis retour à la pension
Thelma pour récupérer nos sacs avant le départ pour le terminal terrestre, en taxi. Nous embarquons pour Nazca vers 21h30 dans un bus hyper luxueux : seulement 3 sièges dans la largeur du car,
des sièges moelleux, larges et inclinables quasiment à l'horizontale. Ca y est, on entame notre remontée vers le nord du pays et Lima : ça sent la fin des vacances, on a un peu le
blues.
Sur les écrans du bus, on nous passe un film qu'on a un peu de mal à comprendre au début, puisqu'on voit des ombres passer devant l'image et qu'on entend des rires sur la bande son. En fait, il
s'agit bel et bien d'une vidéo pirate, enregistrée dans une salle de ciné ! Qui a parlé de droits d'auteurs ? Apparemment, la meilleure compagnie de bus du pays ignore cette loi... Epuisés par
notre longue journée (plus de 20h que nous sommes debout), on s'endort assez vite dans nos fauteuils douillets.