Lever 6h pour un copieux petit-dej à l'hôtel. On rejoint sur la place du village Raúl, notre guide de la veille et son car qui doit nous amener jusqu'au lieu-dit
Cruz del Condor pour
observer des condors en plein vol. On s'enfonce dans la vallée, en direction de Cabanaconde, sur une piste de moins en moins praticable.

Les paysages sont magnifiques et on découvre de plus en plus d'
andenes (terrasses) immenses qui
servaient aux nombreuses cultures des civilisations incas et pré-incas. Une grande partie n'est malheureusement plus entretenue, les habitants de la vallée ayant été massivement envoyés dans les
mines d'argent et d'or, dès le XVIIe siècle, par les colons. Nous arrivons à la
Cruz del Condor un peu avant 8h et nous ne sommes pas les premiers : de nombreux touristes sont déjà là,
armés de leur appareil photo, et des femmes de la vallée leur vendent tissus et chapeaux traditionnels. Le lieu d'observation est situé au bord du
cañon, juste au-dessus d'un à-pic vertigineux de plus de 1000 m. Les condors ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur bec car c'est
l'heure où ils partent chasser et ils aiment profiter des ascendances créées par le réchauffement matinal de l'atmosphère. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à apprécier les rayons du soleil,
tant le froid était vif au réveil !
Voilà déjà le premier condor qui arrive au loin et il nous paraît déjà impressionnant. Progressivement, il s'approche de nous et est rejoint par ses camarades (jusqu'à une dizaine). Ils viennent
bientôt planer juste au-dessus de nos têtes et tournoient autour de nous, comme pour nous laisser apprécier leur envergure. Certains restent même en vol stationnaire juste à notre niveau : les
photographes se régalent ! Le ballet des condors dure près d'une heure et on ne se lasse pas de ce spectacle, dans un décor prodigieux.
Il est cependant déjà temps de partir avec Julian, notre nouveau guide qui nous accompagnera pour un trek dans le fond du
cañon
(nous avons le privilège d'avoir un guide pour nous deux).

On prend un bus local qui nous dépose quelques kilomètres plus loin, au bord de la route, au commencement du sentier (altitude
3300 m environ). Nous commençons à marcher vers 10h30, en suivant Julian qui nous emmène à un bon train. Nous rattrapons d'ailleurs plusieurs groupes partis plus tôt. La rudesse du climat de la
région (très froid la nuit et très chaud en journée) donne lieu à un paysage désertique, seules quelques terrasses irriguées apportant un peu de verdure au loin. Le chemin descend d'abord
lentement, puis la pente devient de plus en plus forte. Le
cañon de Colca est l'un des plus profonds au monde, même si sa
largeur n'en fait peut-être pas le plus impressionnant (3200 m de profondeur, dont 1200 m de gorges réellement étroites). Notre randonnée doit nous mener au fond de ces gorges (au niveau du
río Colca) : il n'existe pas d'autre moyen d'y accéder que par les lacets étroits et raides que nous empruntons. Nous croisons d'ailleurs quelques locaux, remontant des provisions à dos
d'âne, ainsi que quelques rares touristes, à pied, qui semblent vraiment souffrir... d'autant qu'il fait maintenant très chaud au soleil et que les quelques cactus bordant le chemin sont loin
d'être suffisants pour nous faire de l'ombre. Malgré ce soleil de plomb, Julian trace toujours le chemin à un rythme aussi soutenu et je dois courir pour rattraper mes deux compagnons de
randonnée chaque fois que je m'arrête prendre une photo.
Vers midi, nous arrivons au pont qui traverse le
río (altitude : 2300 m) et qui sert de
checkpoint à l'administration du parc (droit d'entrée : 35 NS / pers.) ; on en profite
pour faire une petite pause,

se désaltérer et
manger quelques biscuits. En repartant, je ne trouve plus mon appareil photo, il ne peut pourtant être bien loin. En me penchant depuis le pont, je l'aperçois 3 mètres plus bas : il a dû tomber
lorsque j'ai enlevé mon sac à dos et sa glissade vers la rivière a heureusement été stoppée par une pierre. La carapace extérieure est un peu cabossée et déboîtée, mais les organes vitaux ne
semblent pas atteints puisqu'après quelques caprices il semble fonctionner à nouveau correctement. Nous repartons donc sur l'autre rive, en direction de San Juan de Chuccho, un tout petit village
à une vingtaine de minutes de marche, où nous nous arrêtons pour déjeuner (
carte de la
région). On prend le repas dans le jardin d'une petite pension sympathique, au milieu des cactus... et des géraniums ! La végétation abondante du fond de la vallée, arrosée par la rivière,
contraste en effet avec les pentes rocailleuses et arides du
cañon.
Il est déjà presque 14h lorsqu'on se remet en marche mais Julian, trouvant qu'on avance bien, nous fait faire une petite boucle

par les villages en hauteur (Cos
ñirhua, Malata) pour
gagner l'oasis de Sangalle (altitude : 2180 m) où nous passerons la nuit. A cette altitude, les quelques centaines de mètres à grimper entre chaque village sont assez pénibles, surtout en plein
cagnard, et on appréhende un peu la remontée du lendemain (1200 m de dénivelé positif). Nous avons très chaud et une petite pause à mi-pente est la bienvenue pour discuter avec une jeune
habitante de la vallée. Elle nous explique que les jeunes partent tous de la région car ils s'y ennuient et n'y trouvent pas de travail. Elle semble curieuse du mode de vie européen et nous
demande combien de temps il nous a fallu travailler pour pouvoir partir en voyage au Pérou. On se remet en route et Julian nous confirme que le développement économique de la région est très
difficile du fait du manque de voie d'accès. La vallée est si encaissée qu'aucun véhicule ne peut arriver dans ces villages : ici tout se transporte à dos d'âne ou de lama. Les animaux (mules,
lamas, dindons, poules, chiens...) vivent d'ailleurs le plus souvent en liberté dans les ruelles.

La région commence quand même un peu à profiter de la féquentation touristique : l'électricité est en cours d'acheminement
dans tous ces villages. N'étant plus tout à fait en fond de vallée, le chemin traverse à nouveau des zones désertiques, parsemées de cactus, jusqu'à une croix où un superbe panorama s'offre à
nous : au milieu de cet environnement très aride, l'oasis de Sangalle et le
río Colca semblent prisonniers, au fond de ce
cañon impressionnant. La vue de cet objectif nous fait hâter le pas et, après avoir retraversé un pont au-dessus du
río, nous atteignons
enfin l'oasis vers 15h30.
Nous passerons la nuit dans une hutte en bambous, comportant deux lits posés à même la terre. Le temps d'enfiler les maillots de bain et nous voilà à l'eau, dans un bassin aménagé au milieu de
cet écrin de verdure.

L'eau n'est pas trop
froide, mais la température extérieure a rapidement chuté car le soleil ne parvient plus, à cette heure-là, au fond du
cañon. En
attendant le dîner, on prend une
Arequipeña et on fait la rencontre d'un petit chiot très joueur, notre Jean-Claude n° 3. Comme
il n'y a pas d'électricité à l'oasis, le dîner est servi tôt, vers 18h, sur une grande table commune, à la lueur des bougies : ambiance gîte d'étape. On s'enfile une platée de pâtes (pour se
préparer à la remontée du lendemain), à côté de deux Parisiens, étudiants en Droit et Ressources Humaines (ce qui ravit Florent). On partage nos expériences de voyage et on part se coucher, à la
lueur des lampes frontales, vers 19h30 !!! Le départ pour la remontée vers Cabanaconde le lendemain est fixé à 3h, afin d'éviter la chaleur de la journée et d'attraper le bus de 6h30 pour rentrer
à Arequipa. La fatigue de la journée aidant, on commence à trouver le sommeil, quand on entend un bruit suspect sous mon lit : c'est Jean-Claude qui s'est pris d'amitié pour moi et est venu
s'endormir au calme.
Buenas noches !