Mercredi 8 août 2007
Arequipa-PlazadeArmas-musicos.jpgCe matin c'est grasse mat' : lever à 8h30 ! On part en quête d'un petit-dej et on trouve un resto dans une petite cour intérieure qui nous sert un repas assez copieux. Sur la Plaza de Armas, un groupe local est en train de tourner le clip d'une chanson, guitare à la main et magnétophone pour se caler. Avec Florent, on se prend à rêver d'apparaître un jour en arrière-plan sur les écrans de MTV... On jette ensuite un oeil à l'intérieur de la cathédrale : vraiment rien d'extraordinaire, grosses pierres et murs épais. Est-ce de la lassitude ? l'atmosphère de la ville nous séduit quand même un peu moins que tout ce qu'on a pu voir jusque là. Ici, on ressent beaucoup moins l'exotisme, on pourrait presque être dans une ville espagnole.

Nous nous posons un moment pour écrire nos cartes postales et achetons des timbres (5 NS par carte, soit au moins deux fois plus cher qu'en France, alors que le niveau de vie est environ quatre fois moindre ! la libéralisation des services publics a fait des dégâts...). On part alors en direction du musée Santuarios Andinos où est exposée la fameuse momie Juanita (précisions en anglais ou espagnol), retrouvée en 1995, à plus de 6000 m d'altitude sur le volcan Ampato, dans un état de conservation exceptionnel du fait de la glace qui la recouvrait. La visite commence par un film mystico-historique racontant le sacrifice de Juanita, jeune fille de 14 ans, dans le but de calmer la colère des dieux, sans doute après un épisode volcanique ou sismique. Le type de vêtements qu'elle portait a permis aux chercheurs de localiser sa région d'origine : avant ce sacrifice, elle a dû affronter une longue marche de plusieurs semaines et l'ascension finale du volcan à plus de 6000 mArequipa-cuy-assiette.jpg, dans la neige, les pieds à peine protégés par les chaussures de l'époque ! La visite du musée qui suit est assez expéditive : une guide nous présente toutes sortes d'objets retrouvés autour de la momie : tissus, céramiques, statuettes, bijoux... On termine notre visite par une exposition assez pédagogique sur le volcanisme.

Pour déjeuner, nous allons au hasard dans les ruelles et une enseigne nous accroche : des cuys !!! Il s'agit de cochons d'Inde (Christophe Colomb qui les a ramenés en Europe se croyait en Inde) cuits à la broche : ça a un peu goût de lapin, pas exceptionnel, mais expérience intéressante. Nous prenons ensuite un taxi pour aller dans le quartier Yanahuara, situé sur une colline qui surplombe la ville. C'est l'occasion d'admirer les montagnes environnantes et notamment les trois volcans majeurs aux cimes enneigées qui entourent la ville : le Chachani (6087 m), le Misti (5821 m) à la forme si caractéristique de volcan en pointe (comme le mont Fuji au Japon) et le Picchu Picchu (5540 m).Arequipa-vue-Misti.jpg Visite de l'église San Juan Bautista à la jolie façade ciselée. L'intérieur ne comporte un intérêt que dans la mesure où on aime les statues kitsch ! Petite balade dans les ruelles du quartier puis retour dans le centre à pied : on traverse le río Chili pour retrouver la Plaza de Armas en moins d'une demi-heure.

Nous entrons alors dans la jolie église de la Compañia située sur la place, du côté opposé à la cathédrale : la façade finement ciselée contraste d'ailleurs avec l'extérieur massif de la cathédrale. L'intérieur est comme toujours baroque... mais d'assez bon goût. La sacristie notamment vaut vraiment le détour avec sa voûte aux fresques colorées. On en ressort à la nuit tombante par deux cloîtres attenants qui abritent maintenant des boutiques de luxe ou des banques. Passage à l'hôtel afin de préparer nos sacs pour le départ matinal du lendemain dans le cañon de Colca. Une fois de plus, nous laisserons nos gros sacs à l'hôtel et n'emporterons que l'essentiel pour notre excursion de trois jours. Puis on repart dans le centre pour aller dîner. C'est ce soir ou jamais que nous profiterons de la vie nocturne réputée d'Arequipa.

Après avoir un peu erré au hasard dans les rues du centre, on se décide pour un resto de spécialités de la mer : au menu pour moi, un ceviche (poisson cru, "cuit" dans un mélange de citron, de piment et d'oignons), LA spécialité péruvienne, tandis que Florent s'en tient à un plat à base de crevettes. Les assiettes sont bien garnies et le piment nous échauffe un peu les papilles, mais ni pain ni riz pour faire passer tout ça (tant pis, on se vengera sur le vin). On a maintenant pleinement confiance en nos intestins et les quatre heures de car du lendemain ne nous effraient même plus. On ne va d'ailleurs pas en rester là puisqu'on entre ensuite dans un bar pour s'enfiler quelques Pisco Sour (ici, il se vend au pichet !), l'autre grande spécialité péruvienne (on ne peut pas mourir sans avoir goûté ça). J'en profite aussi pour goûter la bière locale : après la Cusqueña à Cusco, la voici la voilà... l'Arequipeña à Arequipa ! Pas franchement très différente de sa consoeur de Cusco, mais elle se laisse boire (heureusement, parce que la bière se sert en bouteilles de 50 cl, pas moins). Il est malheureusement grand temps de rentrer à l'hôtel pour récupérer un peu avant notre départ pour la vallée de Colca : ce soir, on optimise le temps d'endormissement...
par JB
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Jeudi 9 août 2007
Lever 7h. C'est notre guide en personne, Raúl, qui vient nous chercher à l'hôtel vers 7h30Colca-ErosTour.jpg pour nous emmener dans notre bus "Eros Tour". On commence par se demander si on ne s'est pas trompé d'excursion... Ce matin, c'est ramassage scolaire : on passe dans tous les hôtels de la ville pour récupérer quelques personnes à chaque arrêt. On se retrouve vite entourés de Nord-Américains et d'Européens, ça nous change un peu des cars régionaux de la vallée sacrée, mais on doit assumer notre choix. Une heure plus tard, le car est enfin complet et nous voilà en route vers Chivay, ville située à l'entrée du cañon de Colca. Mais auparavant, il nous faut suivre la route passant par l'altiplano à proximité du Misti et du Chachani (carte de la région). On s'arrête pour observer des vigognes (ou vicuñas, espèce sauvage de la famille des lamas) au passage d'un col à 4910 m. Le plateau est immense et réellement désertique : à cette altitude, seules quelques rares pousses de verdure subsistent. On sort le bonnet et les gants ; un petit mate de coca au bord de la route est le bienvenu.
Colca-vigognes.jpg
Raúl profite de la route pour nous faire un petit cours de culture inca. Les montagnes étaient considérées comme des dieux (apu en quechua), de même que les astres, comme on l'avait déjà vu dans la vallée sacrée de Cusco. Colca-terrasses1.jpgLa fête du soleil (Inti Raymi) était et est toujours célébrée lors du solstice d'hiver (austral), le 24 juin. La langue quechua est encore aujourd'hui parlée par 4 millions de Péruviens (sur une population totale de 26 millions d'habitants), tandis que l'aymara demeure encore la langue principale de 400 000 d'entre eux, à proximité du lac Titicaca.

Nous arrivons à Chivay vers 13h et nous quittons le reste du groupe, sans verser de larme, pour rejoindre notre hôtel Tradición Colca à Yanque. Le taxi qui nous emmène emprunte, sur une dizaine de kilomètres, la piste non asphaltée qui s'enfonce dans le cañon. On constate déjà la présence de quelques terrasses de culture sur les pentes voisines. Nous déjeunons à notre arrivée à l'hôtel, dans une salle à manger plutôt jolie mais quasiment déserte. Nous rencontrons Julian, qui sera notre guide au cours du trek au fond du cañon. Nous convenons d'un point de rendez-vous le lendemain matin à la Cruz del Condor, où un bus doit nous emmener observer le vol planant des condors. On fait également la connaissance de deux étudiants français qui effectuent un stage d'été dans l'hôtel. Colca-fiesta-armee-fanfare.jpgL'un d'eux nous accompagnera, dans l'après-midi, pour une balade dans les "collines" environnantes : on est à près de 4000 m et le froid est encore plus perçant qu'ailleurs, dès que le soleil se cache.

On entend alors un son de fanfare qui monte du village : il s'agit des préparatifs de la fête célébrant la fin des travaux communautaires. Chaque année, les hommes du village partent 3 ou 4 jours dans les montagnes, à plus de 5000 m, pour nettoyer en amont l'ensemble des canalisations d'irrigation des champs. Pour les accueillir, la fanfare, escortée par l'armée, part à leur rencontre, suivie de toutes les femmes et enfants du village, les bras chargés de brioches et de jarres remplies de chicha (boisson plus ou moins alcoolisée, à base de maïs fermenté). Toute cette joyeuse troupe attend le retour des travailleurs au milieu des terrasses, à mi-pente, lorsque tout à coup apparaît au loin le drapeau de tête de cortège des hommes. Colca-fiesta-colonne2.jpgIls descendent tous à la queue leu leu, chapeau sur la tête, pelle ou pioche sur l'épaule, marchant au pas de la musique de la fanfare (on a l'impression d'assister à un remake des Sept Nains). Suit alors toute une parade assez codifiée où travailleurs et musiciens se croisent et se recroisent, défilant devant tout le village et notamment les femmes, qui sont vêtues pour l'occasion de leurs habits de fête (assez semblables à leur tenue de tous les jours, mais plus finement exécutés). Elles portent donc 3 ou 4 jupes brodées superposées, ainsi que plusieurs chemisiers et gilets pour le haut du corps (les nuits sont fraîches, faut-il le rappeler...). L'accessoire essentiel de la tenue est bien sûr le chapeau qui permet de distinguer l'appartenance de la famille à l'une des deux ethnies présentes dans la région : le sombrero collagua, blanc, plat sur le dessus, comporte un ruban de dentelle qui en fait le tour et une ou deux cocardes (rozones) sur le côté (la femme est mariée si le chapeau a un seul rozón et célibataire s'il en a deux) ; le sombrero cabana, très coloré, avec un dôme central arrondi, arbore de fines broderies représentant des animaux (article à ce sujet).

  Colca-fiesta-drapeau.jpg Colca-fiesta-colonne3.jpg Colca-fiesta-colonne4.jpg

Puis vient le temps des retrouvailles proprement dites, où les femmes apportent aux hommes de grands verres de chicha qu'ils se doivent d'accepter (la plupart ne se fait d'ailleurs pas prier). Colca-fiesta-chicha.jpgTrès vite, l'alcool et la fatigue aidant, certains commencent à danser au son de la fanfare qui joue en boucle le même morceau. Puis a alors lieu la cérémonie d'ouverture des vannes, afin de voir enfin l'eau jaillir dans les canalisations fraîchement nettoyées. Tout au long de ce cérémonial, nous sommes restés un peu à l'écart, afin de ne pas perturber cette fête populaire et certains villageois viennent maintenant nous proposer de goûter leur chicha : celle-ci est assez amère et a un goût de terroir prononcé. Le plus frappant, c'est cet esprit de solidarité et de partage que l'on ressent très fortement, jusque dans la manière de boire la chicha dans un même grand verre que l'on transmet à son voisin.

Colca-fiesta-femme.jpg Colca-fiesta-danse.jpg Colca-fiesta-femmes-cabana.jpg

Le jour commence à tomber et la fête est loin d'être finie, mais on doit rentrer à l'hôtel pour dîner et se réchauffer. Malheureusement, le chauffage est plus ou moins en panne et l'on s'attend à une nuit glaciale. Au menu du dîner : truite  grillée (trucha) venant directement du petit marché du village. Ensuite, on s'habille autant qu'on le peut (polaires, coupe-vent, gants, bonnet) pour aller faire un tour dans le village vers 21h. Il fait nuit noire et, sans éclairage public, nous nous dirigeons au son de la musique de la fête. Le froid qui s'est installé a amené les gens à délaisser les champs où la fête avait commencé dans l'après-midi pour migrer dans les cours intérieures et maisons de certains habitants du village. La chicha y coule à flot et tous les passants sont invités à entrer. La fanfare joue toujours les mêmes airs (de moins en moins juste, la chicha y serait-elle pour quelque chose ?) et les femmes dansent (pour se réchauffer ?) pendant que les hommes boivent (pour se réchauffer ?). Certains des travailleurs continuent même à défiler la pelle sur le dos, entre deux verres. Nous laissons les villageois à leur fête pour rejoindre nos lits vers 22h30 dans une chambre glaciale.
par JB
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Vendredi 10 août 2007
Lever 6h pour un copieux petit-dej à l'hôtel. On rejoint sur la place du village Raúl, notre guide de la veille et son car qui doit nous amener jusqu'au lieu-dit Cruz del Condor pour observer des condors en plein vol. On s'enfonce dans la vallée, en direction de Cabanaconde, sur une piste de moins en moins praticable. Colca-terrasses.jpgLes paysages sont magnifiques et on découvre de plus en plus d'andenes (terrasses) immenses qui servaient aux nombreuses cultures des civilisations incas et pré-incas. Une grande partie n'est malheureusement plus entretenue, les habitants de la vallée ayant été massivement envoyés dans les mines d'argent et d'or, dès le XVIIe siècle, par les colons. Nous arrivons à la Cruz del Condor un peu avant 8h et nous ne sommes pas les premiers : de nombreux touristes sont déjà là, armés de leur appareil photo, et des femmes de la vallée leur vendent tissus et chapeaux traditionnels. Le lieu d'observation est situé au bord du cañon, juste au-dessus d'un à-pic vertigineux de plus de 1000 m. Les condors ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur bec car c'est l'heure où ils partent chasser et ils aiment profiter des ascendances créées par le réchauffement matinal de l'atmosphère. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à apprécier les rayons du soleil, tant le froid était vif au réveil !

Colca-condor0.jpg Colca-condor1.jpg

Voilà déjà le premier condor qui arrive au loin et il nous paraît déjà impressionnant. Progressivement, il s'approche de nous et est rejoint par ses camarades (jusqu'à une dizaine). Ils viennent bientôt planer juste au-dessus de nos têtes et tournoient autour de nous, comme pour nous laisser apprécier leur envergure. Certains restent même en vol stationnaire juste à notre niveau : les photographes se régalent ! Le ballet des condors dure près d'une heure et on ne se lasse pas de ce spectacle, dans un décor prodigieux.

Colca-condor4.jpg Colca-condor5.jpg

Il est cependant déjà temps de partir avec Julian, notre nouveau guide qui nous accompagnera pour un trek dans le fond du cañon (nous avons le privilège d'avoir un guide pour nous deux). Colca-trek-canyon.jpgOn prend un bus local qui nous dépose quelques kilomètres plus loin, au bord de la route, au commencement du sentier (altitude 3300 m environ). Nous commençons à marcher vers 10h30, en suivant Julian qui nous emmène à un bon train. Nous rattrapons d'ailleurs plusieurs groupes partis plus tôt. La rudesse du climat de la région (très froid la nuit et très chaud en journée) donne lieu à un paysage désertique, seules quelques terrasses irriguées apportant un peu de verdure au loin. Le chemin descend d'abord lentement, puis la pente devient de plus en plus forte. Le cañon de Colca est l'un des plus profonds au monde, même si sa largeur n'en fait peut-être pas le plus impressionnant (3200 m de profondeur, dont 1200 m de gorges réellement étroites). Notre randonnée doit nous mener au fond de ces gorges (au niveau du río Colca) : il n'existe pas d'autre moyen d'y accéder que par les lacets étroits et raides que nous empruntons. Nous croisons d'ailleurs quelques locaux, remontant des provisions à dos d'âne, ainsi que quelques rares touristes, à pied, qui semblent vraiment souffrir... d'autant qu'il fait maintenant très chaud au soleil et que les quelques cactus bordant le chemin sont loin d'être suffisants pour nous faire de l'ombre. Malgré ce soleil de plomb, Julian trace toujours le chemin à un rythme aussi soutenu et je dois courir pour rattraper mes deux compagnons de randonnée chaque fois que je m'arrête prendre une photo.

Vers midi, nous arrivons au pont qui traverse le río (altitude : 2300 m) et qui sert de checkpoint à l'administration du parc (droit d'entrée : 35 NS / pers.) ; on en profite pour faire une petite pause, Colca-trek-pont.jpgse désaltérer et manger quelques biscuits. En repartant, je ne trouve plus mon appareil photo, il ne peut pourtant être bien loin. En me penchant depuis le pont, je l'aperçois 3 mètres plus bas : il a dû tomber lorsque j'ai enlevé mon sac à dos et sa glissade vers la rivière a heureusement été stoppée par une pierre. La carapace extérieure est un peu cabossée et déboîtée, mais les organes vitaux ne semblent pas atteints puisqu'après quelques caprices il semble fonctionner à nouveau correctement. Nous repartons donc sur l'autre rive, en direction de San Juan de Chuccho, un tout petit village à une vingtaine de minutes de marche, où nous nous arrêtons pour déjeuner (carte de la région). On prend le repas dans le jardin d'une petite pension sympathique, au milieu des cactus... et des géraniums ! La végétation abondante du fond de la vallée, arrosée par la rivière, contraste en effet avec les pentes rocailleuses et arides du cañon.

Il est déjà presque 14h lorsqu'on se remet en marche mais Julian, trouvant qu'on avance bien, nous fait faire une petite boucle Colca-trek-anes.jpgpar les villages en hauteur (Cosñirhua, Malata) pour gagner l'oasis de Sangalle (altitude : 2180 m) où nous passerons la nuit. A cette altitude, les quelques centaines de mètres à grimper entre chaque village sont assez pénibles, surtout en plein cagnard, et on appréhende un peu la remontée du lendemain (1200 m de dénivelé positif). Nous avons très chaud et une petite pause à mi-pente est la bienvenue pour discuter avec une jeune habitante de la vallée. Elle nous explique que les jeunes partent tous de la région car ils s'y ennuient et n'y trouvent pas de travail. Elle semble curieuse du mode de vie européen et nous demande combien de temps il nous a fallu travailler pour pouvoir partir en voyage au Pérou. On se remet en route et Julian nous confirme que le développement économique de la région est très difficile du fait du manque de voie d'accès. La vallée est si encaissée qu'aucun véhicule ne peut arriver dans ces villages : ici tout se transporte à dos d'âne ou de lama. Les animaux (mules, lamas, dindons, poules, chiens...) vivent d'ailleurs le plus souvent en liberté dans les ruelles. Colca-trek-vue-oasis.jpgLa région commence quand même un peu à profiter de la féquentation touristique : l'électricité est en cours d'acheminement dans tous ces villages. N'étant plus tout à fait en fond de vallée, le chemin traverse à nouveau des zones désertiques, parsemées de cactus, jusqu'à une croix où un superbe panorama s'offre à nous : au milieu de cet environnement très aride, l'oasis de Sangalle et le río Colca semblent prisonniers, au fond de ce cañon impressionnant. La vue de cet objectif nous fait hâter le pas et, après avoir retraversé un pont au-dessus du río, nous atteignons enfin l'oasis vers 15h30.

Nous passerons la nuit dans une hutte en bambous, comportant deux lits posés à même la terre. Le temps d'enfiler les maillots de bain et nous voilà à l'eau, dans un bassin aménagé au milieu de cet écrin de verdure. Colca-trek-huttes.jpgL'eau n'est pas trop froide, mais la température extérieure a rapidement chuté car le soleil ne parvient plus, à cette heure-là, au fond du cañon. En attendant le dîner, on prend une Arequipeña et on fait la rencontre d'un petit chiot très joueur, notre Jean-Claude n° 3. Comme il n'y a pas d'électricité à l'oasis, le dîner est servi tôt, vers 18h, sur une grande table commune, à la lueur des bougies : ambiance gîte d'étape. On s'enfile une platée de pâtes (pour se préparer à la remontée du lendemain), à côté de deux Parisiens, étudiants en Droit et Ressources Humaines (ce qui ravit Florent). On partage nos expériences de voyage et on part se coucher, à la lueur des lampes frontales, vers 19h30 !!! Le départ pour la remontée vers Cabanaconde le lendemain est fixé à 3h, afin d'éviter la chaleur de la journée et d'attraper le bus de 6h30 pour rentrer à Arequipa. La fatigue de la journée aidant, on commence à trouver le sommeil, quand on entend un bruit suspect sous mon lit : c'est Jean-Claude qui s'est pris d'amitié pour moi et est venu s'endormir au calme. Buenas noches !

Colca-trek-bassin.jpg Colca-trek-cascades.jpg Colca-trek-canaux.jpg
par JB
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Samedi 11 août 2007
Julian, notre guide, vient nous réveiller à 2h45... Finalement, on a presque fait une nuit normale donc le réveil n'est pas aussi difficile qu'on le craignait. Armés de nos lampes frontales, nous commençons l'ascension vers 3h00, sans même avoir eu le temps d'avaler quelque chose. Colca-trek-lacets.jpgLes polaires et bonnets sont les bienvenus parce qu'il fait assez froid et les jambes sont un peu engourdies des efforts de la veille. Les premiers hectomètres sont donc difficiles, mais on se réchauffe rapidement en remontant le chemin qui serpente au-dessus de nous. Petite pause très courte pour enlever une couche de vêtements et on repart rapidement, car le vent glacial nous refroidit très vite. On aperçoit la lueur de quelques lampes de randonneurs partis avant nous. Le ton de la "balade" est donné : ça grimpe fort, très fort ! Julian nous emmène à un train d'enfer et on rattrape bientôt le groupe de trois personnes qui nous précédait. On continue au même rythme rapide mais régulier : impossible de parler, nous sommes trop essoufflés, chacun se perd donc dans ses pensées, en mettant un pied devant l'autre. Les jambes commencent à souffrir un peu ; surtout ne pas penser à l'arrivée... Après un peu plus d'une heure de montée, la lampe de Florent montre des signes de fatigue inquiétants (un peu comme nous). Je sacrifie alors mes piles d'appareil photos pour lui éviter de finir l'ascension en "aveugle".

Voilà maintenant plus d'une heure et demi que l'on marche dans l'obscurité totale et cette montée nous paraît interminable : on regarde toujours nos pieds en soufflant comme des ânes. Ah non... c'est une caravane de chevaux montant de la vallée qui nous rattrape. Ces bêtes-là sont dix fois plus chargées que nous et avancent pourtant deux fois plus vite ! C'est réellement étonnant de les voir poser leurs sabots sur ce chemin étroit et rocailleux, à la seule lueur des lampes de leurs cavaliers. Vers 5h, alors que la nuit est toujours aussi noire, on aperçoit une bougie sur le bord du chemin : deux Péruviens sont installés là, sortis de nulle part, par un froid glacial, et vendent eau et biscuits aux randonneurs. Même si nous avons a priori largement assez d'eau pour terminer la rando, on leur achète une petite bouteille d'eau à 3 NS pour saluer leur courage. La grimpette continue, toujours aussi raide, mais un quart d'heure plus tard le chemin devient plus plat. On traverse une zone presque inondée par un ruisseau et, après deux gués assez difficiles dans le noir, on arrive en vue de Cabanaconde. A notre arrivée dans le village, on croise quelques lève-tôt, mais les ânes occupent encore les rues et nous regardent d'un air curieux.

Il est 5h40 lorsqu'on franchit le seuil du petit resto qui nous accueille pour le petit-dej. On a même la possibilité de prendre une douche caliente dans la cour extérieure (en fait Colca-Chivay.jpglégèrement tiède... standing gîte de haute montagne) ; on l'apprécie quand même, malgré la température encore très fraîche. Nous sommes affamés et le petit-dej est avalé en deux minutes, puis on se rend sur la place du village, où le soleil se lève, pour prendre le bus de 6h30 qui va à Arequipa. Là une foule se bouscule déjà autour du car : la moitié est constituée de touristes ayant passé la nuit dans un hôtel de Cabanaconde et qui se rendent à la Cruz del Condor ; des femmes du villages constituent l'autre moitié des passagers, et elle sont lourdement chargées de marchandises qu'elles partent vendre aux touristes à... la Cruz del Condor ! Heureusement, Julian nous a réservé des places assises parce qu'il y a environ deux fois plus de personnes que le car ne peut en contenir. Les autres seront donc debout dans l'allée, serrés comme entre Châtelet-Les Halles et Gare de Lyon aux heures de pointe ! J'ai pitié d'une petite grand-mère péruvienne qui est en train de se faire écraser et on se serre sur notre banquette pour lui laisser une petite place.

Le début de voyage est donc assez épique avec un brouhaha infernal et ma nouvelle amie qui se retrouve quasiment sur mes genoux. Quatre heures que nous sommes levés et on s'est déjà enfilé 1200 m de dénivelé. Sans toute cette agitation, on piquerait bien un petit somme. Après environ une heure de trajet, nous arrivons à la Cruz del Condor : 90 % des gens descendent du bus et on poursuit ensuite tranquillement notre route jusqu'à Chivay. Les paysages de cette vallée du Colca sont toujours aussi merveilleux. Une pause prolongée à Chivay est l'occasion de tester un excellent sandwich au poulet. Pendant ce temps, le bus se remplit (et surtout ses soutes). Les gens chargent toutes sortes de choses : des paquets énormes, des poules, des oeufs à peine protégés et même... un lama ! Stop, c'est plein... on repart, direction Arequipa. Le voyage est entrecoupé (en tous cas pour moi) de micro-siestes réparatrices. Arequipa-Recoleta-cloitre.jpgArrivés à la gare routière d'Arequipa vers midi, on remercie Julian  pour ces 24 heures passées ensemble et on se sépare : nous allons directement au comptoir de la compagnie Ormeño (très réputée) afin de réserver un billet pour Nazca, le soir même, en cama (tarif négocié : 80 NS / pers). Le bus ne part qu'à 22h, ça nous laisse pas mal de temps devant nous.

La priorité, c'est de déjeuner, parce que la rando ça creuse ! On part dans une cevicheria que Florent a repérée sur un guide. Florent prend donc un excellent ceviche et j'opte pour un chicharron (beignets de poisson et crustacés). On profite ensuite de l'après-midi pour aller visiter le monastère de la Recoleta, de l'autre côté du río Chili. C'est maintenant un musée dans lequel on trouve un peu de tout. A noter, quelques objets de civilisations pré-incas (vases principalement) et une collection d'animaux empaillés de la selva. Mais on y trouve aussi une salle dédiée à des objets ecclésiastiques, une pinacothèque regroupant des tableaux de l'école de Cusco et même une salle avec des jouets des années 1950-60. La bibliothèque est sans conteste la pièce la plus intéressante : tout en bois, elle regroupe plus de 20 000 livres, dont certains datent de plus de 500 ans. Nous revenons ensuite tranquillement à pied vers le centre-ville et on en profite pour acheter, en souvenir, quelques objets d'art précolombien (vases, masque). La nuit tombe déjà et nous faisons notre dernier tour de nuit dans les rues d'Arequipa, en marchant au hasard. Arequipa-Recoleta-clocher.jpgDîner suivi du maintenant traditionnel Pisco, puis retour à la pension Thelma pour récupérer nos sacs avant le départ pour le terminal terrestre, en taxi. Nous embarquons pour Nazca vers 21h30 dans un bus hyper luxueux : seulement 3 sièges dans la largeur du car, des sièges moelleux, larges et inclinables quasiment à l'horizontale. Ca y est, on entame notre remontée vers le nord du pays et Lima : ça sent la fin des vacances, on a un peu le blues. Sur les écrans du bus, on nous passe un film qu'on a un peu de mal à comprendre au début, puisqu'on voit des ombres passer devant l'image et qu'on entend des rires sur la bande son. En fait, il s'agit bel et bien d'une vidéo pirate, enregistrée dans une salle de ciné ! Qui a parlé de droits d'auteurs ? Apparemment, la meilleure compagnie de bus du pays ignore cette loi... Epuisés par notre longue journée (plus de 20h que nous sommes debout), on s'endort assez vite dans nos fauteuils douillets.

Arequipa-Nazca.jpg
par JB
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Dimanche 12 août 2007
Arrivée à Nazca vers 7h : on a dormi comme dans un lit à bord de notre car grand luxe ! Nazca est une petite ville située au milieu d'une pampa désertique. Nous avons définitivement quitté les hautes altitudes de la Cordillère pour revenir au niveau d'un plateau peu élevé (600 m). La ville semble assez pauvre et peu sûre : on retrouve les grilles aux fenêtres qui nous avaient un peu choqués à Lima, ainsi que les pancartes sur les murs indiquant les maisons gardées. On a réservé un hôtel conseillé par le Routard (Posada Guadalupe) et Ronald, le gérant, nous attend à notre descente du bus. Le prix des chambres est raisonnable (30 NS pour deux), mais il nous propose d'emblée de nous organiser un survol en avion des lignes (principale curiosité touristique), pour un tarif, dit-il, avantageux (65 $ / pers. quand même, soit environ 200 NS...). Nazca-lignes2.jpgOn  lui explique qu'on préfèrerait se documenter sur ces mystérieuses lignes avant d'aller les voir et le Routard conseille, pour cela, de se rendre au Maria Reiche Centre, du nom de la chercheuse allemande qui a passé une grande partie de sa vie à les étudier. On pense également y trouver des infos sur la meilleure manière de découvrir les fameuses lignes. Le Maria Reiche Centre n'ouvrant qu'à 9h, on a tout juste le temps de prendre une douche à l'hôtel, avant que Ronald ne revienne à la charge, cette fois jusque dans notre chambre et de manière plus insistante. Il nous explique que le survol des géoglyphes (nom savant pour évoquer les lignes) est une chose immanquable et que le tarif qu'il nous propose est très compétitif. A la lecture des guides, nous n'en sommes pas si sûrs, mais on manque un peu de repères : l'insistance avec laquelle il essaie de nous convaincre ne nous paraît pas vraiment un gage d'honnêteté et on refuse à nouveau. On s'installe alors pour prendre un petit-dej dans l'hôtel et il revient en force avec ses collègues de la réception pour nous solliciter à nouveau : cette fois, ils ont compris que nous n'avons sans doute pas l'intention de survoler les lignes, mais ils nous proposent une excursion d'une journée, comprenant la visite d'un cimetière pré-inca, ainsi que la découverte d'une partie des lignes, depuis un mirador. On réussit à faire baisser le prix à 70 NS / pers. (entrée du cimetière comprise) et on finit par accepter, relativement agacés par leur insistance. C'est la première (et la dernière) fois du voyage que la pression touristique nous pèse à ce point.

Nous partons alors au Maria Reiche Centre : croyant découvrir un musée ou un labo de recherche sur les lignes, nous sommes assez surpris de ne découvrir qu'un vieux hangar où s'entassent des tas de paperasses et autres objets improbables. Au centre, une maquette du plateau de Nazca sur laquelle sont dessinées les lignes, découvertes en 1926. Nous sommes accueillis par Viktoria, une disciple de Maria Reiche qui a repris à son compte les recherches, depuis la mort de celle-ci, en 1998. Quatre jeunes Québécois nous rejoignent pour assister à cette présentation des lignes par Viktoria, l'excentrique. Elle nous explique la théorie de Maria Reiche sur les lignes. Elles auraient été tracées entre l'an 300 et 900 environ par la civilisation des Nazcas et elles représenteraient un calendrier astronomique gigantesque : cette idée vient du fait qu'on peut repérer différents alignements de ces lignes avec des constellations et avec le soleil, notamment lors des solstices et équinoxes. Nazca-lignes1.jpgIl existe cependant de nombreuses théories à ce sujet et il ne s'agit que d'une hypothèse parmi d'autres. Les lignes parfaitement droites et trapèzes tracés au sol seraient également censés indiquer l'emplacement des cours d'eau souterrains que les Nazcas avaient réussi à repérer dans ce désert. Mais les éléments les plus étonnants sont les figures représentant des animaux pour la plupart, dont certaines mesurent plus de 200 m et ne sont visibles dans leur intégralité que du ciel ! Beaucoup de mystère demeure donc autour de ces lignes. Enfin, Viktoria nous explique à quel point il s'agit d'un site qu'il faut préserver car sa récente dégradation rapide est inquiétante : les principales causes en sont les nombreux visiteurs peu scrupuleux qui marchent dessus, les dérèglements climatiques et les aménagements humains locaux qui ne se soucient guère de ce patrimoine en péril (ainsi la route Panaméricaine passe au beau milieu de cette réserve archéologique). L'Etat investit très peu d'argent pour la conservation de ces géoglyphes, pourtant classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, et les recherches sur le sujet sont extrêmement limitées, par manque de moyens là encore.

En sortant de cette visite, on sympathise avec les Québécois qui nous accompagnaient et on se donne rendez-vous pour un dîner francophone le soir même. Il est environ 10h30 lorsque nous partons en direction du cimetière pré-inca de Chauchilla, à une trentaine de kilomètres de la ville, dont une partie sur une piste sablonneuse partant de la route panaméricaine, au milieu d'un immense plateau désertique. Le cimetière est constitué de nombreuses sépultures creusées dans le sol : Nazca-cimetiere.jpgles momies étaient déposées dans ces trous, accompagnées de vases en céramique et offrandes diverses (tissus, bijoux...), puis le trou était recouvert de rondins de bois et de terre. Malheureusement, de tout temps, les tombes ont été pillées dans le but de récupérer bijoux et autres objets de valeur ; actuellement, un gardien surveille le site 24h/24. Les momies mises à jour sont dans un état de conservation remarquable, après mille ans passés à l'abri de la lumière, dans leur tombe, en position foetale. Mais leur dégradation est aujourd'hui très rapide, dans ce musée en plein air, à cause du rayonnement solaire et du vent. Là encore, le manque de moyens pour l'entretien du site est flagrant. Sur le chemin du retour, notre programme de visite comprend un arrêt chez un orpailleur. Il nous présente brièvement le procédé chimique de détection de l'or (formation d'un amalgame, au contact du mercure, qui est ensuite distillé pour récupérer l'or pur). En fait, les minerais sont d'abord extraits à la mine puis sont amenés chez l'orpailleur où chaque bloc est analysé dans un bassin. Les produits utilisés sont extrêmement toxiques, aussi bien pour l'environnement que pour les gens qui y travaillent, dans des conditions difficiles et sans aucune protection. Evidemment, tout cet or est avant tout destiné aux marchés nord-américain et européen... Intéressant de découvrir ce qui se passe en coulisses : lorsqu'on achète un bijou en métal précieux, on participe bien souvent à la pollution de la planète et à l'exploitation de travailleurs aux conditions de vie parfois très pénibles.

De retour à Nazca vers 13h30, on part se renseigner auprès des compagnies de bus pour faire le trajet Nazca-Lima le lendemain matin : nous partirons à 6h avec la compagnie Flores (25 NS / pers. et environ 6 heures de trajet). On trouve ensuite un resto tout simple pour déjeuner : entrée remarquée car je bute violemment dans un morceau de ferraille qui tenait la porte et qui rebondit au milieu de la salle dans un énorme fracas. Ca aura au moins le mérite de faire rire Florent et toutes les personnes déjà présentes dans le resto... c'est mon côté Pierre Richard ! On mange très bien pour trois fois rien puis on s'empresse de rentrer à l'hôtel pour partir voir les lignes. En fait, on devra patienter une bonne heure avant qu'un taxi vienne enfin nous chercher, vers 16h, pour nous amener au bord de la Panaméricaine, en direction du nord, sur le site immense des géoglyphes. Nous passons à proximité de Cerro Blanco, la plus haute dune de sable au monde (2000 m !), avant notre premier arrêt, sur une petite colline surplombant le plateau aride où sont tracées les lignes. Nazca-lignes0.jpgElles s'étendent à perte de vue (14 km pour la plus longue, traversée par la route Panaméricaine) et les rayons bas du soleil de cette fin de journée amplifient le contraste entre le sol gris (oxyde de fer) et les lignes plus claires, légèrement creusées sur 10 à 30 cm de profondeur, laissant apparaître le sol gypseux. Notre guide-chauffeur de taxi nous expose les théories les plus connues concernant l'utilité de ces lignes... pas très clair ! Bref, passons au mirador, à quelques centaines de mètres de là : on monte à une vingtaine de mètres au-dessus du sol pour découvrir deux mains et un arbre dessinés sur le sol. Le lézard, quant à lui, est plus difficile à discerner car presque effacé, d'autant que la Panaméricaine le traverse en son milieu. Dix minutes montre en main, on reste un peu sur notre faim, mais les témoignages de ceux qui ont opté pour le survol en avion ne sont pas vraiment plus enthousiastes. Au retour, notre chauffeur se prend lui-même son pourboire en nous faisant payer le péage d'entrée dans la ville... décidément, le tourisme est un commerce, ici encore plus qu'ailleurs.

De retour à l'hôtel, nous retrouvons les Québécois qui nous attendent pour aller dîner. Ils ont repéré une bonne adresse sur le Routard et on les suit bien volontiers. Bonne ambiance à table, on partage nos curiosités linguistiques et surtout culturelles (merci encore de nous avoir refourgué Céline Dion, Isabelle Boulay, Roch Voisine et Garou...) ! Ils sont surpris qu'on connaisse les Cowboys Fringants et nous conseillent le film culte de la comédie québécoise : Bon cop, Bad cop. Ils sont tous les quatre étudiants en médecine et ont effectué un stage à l'hôpital d'Iquitos (ville au nord du Pérou, au milieu de la jungle amazonienne). Ils nous disent le plus grand bien de cet endroit très singulier, puis ils sont partis pour l'Inca Trail et le Machu Picchu, avant Arequipa et la vallée du Colca. Ils sont comme nous sur le chemin du retour, mais disposent d'un jour supplémentaire pour s'arrêter aux îles Ballestas, près de Pisco. Pour nous, ça sera cap sur Lima dès demain. On termine la soirée par un Pisco dans un petit bar du coin avant d'aller se coucher vers 23h30.
par JB
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Lundi 13 août 2007
Lever 5h30, un peu difficile, pour être au terminal de bus de Nazca à 6h. On essaie de dormir pendant la première partie du voyage, sans trop de succès, et on s'arrête vers 9h au bord de la Panaméricaine, Nazca-Lima.jpgaux environs de Pisco, pour un petit-dej dans une station-service : ça sent déjà le poulet grillé ! On repart une demi-heure plus tard pour la fin de notre périple. Ce n'est pas le trajet le plus agréable qu'on ait fait, loin de là... Le paysage est très monotone : grand désert de terre sombre, sans beaucoup de relief. On sait qu'on approche de Lima lorsqu'on commence à trouver des panneaux publicitaires énormes (et vides) au bord de la route. Puis, on entame l'interminable traversée des faubourgs très pauvres de la ville. Tous les matins, des centaines de microbús empruntent ce chemin pour acheminer les habitants de ces quartiers au travail : c'est au minimum une heure dans les embouteillages matin et soir.

On atteint la gare routière de Lima vers 13h, sous un ciel évidemment... gris ! La garúa (brouillard qui s'abat sur Lima pendant presque la moitié de l'année) ne s'est pas décidée à partir et on ressort les polaires, non pas qu'il fasse très froid (14-15°C), mais l'air est humide et le froid nous transperce, pas très agréable. On prend un taxi pour nous rendre dans un hôtel qu'on a repéré tout près de la Plaza Mayor. Mais le chauffeur essaie désespérément de nous décourager de loger à cette adresse et veut absolument nous emmener dans un autre hôtel (pour lequel il touche sans doute une petite commission). Après de longues discussions, il comprend enfin que nous ne sommes pas décidés à revoir notre choix et il nous dépose Plaza Mayor. Notre hôtel est à une centaine de mètres seulement du palais présidentiel d'Alan García. Le climat de Lima ne ravit pas Florent qui n'a plus qu'un pantacourt à se mettre. On dépose donc nos sacs à l'hôtel et on part en vadrouille, à la recherche d'une laverie. Au passage, on s'arrête dans un resto sympa et, au petit jeu de "je commande tout ce que je ne comprends pas", je me retrouve avec des tripes dans mon assiette. Florent a été moins aventurier en commandant un riz à la cubaine. Je réussis à négocier un échange de plat avec mon compère de voyage : il m'en veut un peu lorsque l'assiette de riz à la cubaine arrive enfin (riz, bananes caramélisées, patates, oeuf au plat, ça a l'air délicieux), mais son sens du sacrifice est finalement le plus fort puisqu'il avale sans broncher son plat de tripes, pendant que je me délecte de cette excellente cuisine cubaine.

Notre recherche vaine de laverie finit par nous amener assez loin du centre : alors qu'on en trouvait presque à tous les coins de rue dans les autres villes du pays, ici c'est chose beaucoup plus rare. D'ailleurs Lima est en beaucoup de points assez différente du reste du pays : nous sommes dans la capitale et on le ressent assez nettement. La ville est immense, traversée par de larges avenues, et on est assez effarés par la circulation automobile : il faut vraiment être encore plus prudents qu'ailleurs pour traverser, la priorité aux piétons n'est pas du tout entrée dans les moeurs ici ! Au concert de klaxons des voitures s'ajoutent les cris des cobradores, les personnes à bord des bus chargées d'encaisser le prix du trajet et surtout d'annoncer la destination le long du parcours. Les arrêts ne sont pas bien définis, pas plus que les trajets : il est extrêmement difficile de s'y retrouver, la faute au manque cruel de réseau de transport urbain organisé. Le parc automobile vieillot implique également une pollution omniprésente et un peu suffocante par moments. La nuit commence bientôt à tomber et on commence vraiment à avoir froid, quand on passe (enfin !) par hasard devant une laverie qui pratique les prix au kilo, comme on en avait pris l'habitude ailleurs (3,50 NS/kg). On dépose notre linge, puis on s'occupe d'envoyer nos dernières cartes postales (5,50 NS le timbre ici, plus cher qu'à Arequipa ! encore un mystère de la déréglementation ?). Lima-cathedrale.jpgDe retour dans les environs du palais présidentiel, on découvre un marché artisanal où Florent achète du Pisco, après en avoir goûté une petite série... encore une fois, on craque face aux yeux doux d'Irma, la vendeuse ! Au milieu du marché, un groupe local joue les airs traditionnels qu'on a déjà entendus partout dans le pays. Les gens dansent allègrement devant la scène, ça nous paraît assez irréel de trouver cette ambiance très populaire à deux pas de la place principale de Lima.

Pour notre dîner, nos repérages sur le Routard nous guident jusqu'à un petit bar-resto où on est contents de s'asseoir pour se réchauffer. Vaste choix de vins sud-américains et tapas délicieuses. On se fait plaisir et on s'en sort pour 75 NS quand même pour nous deux (!). On ne traîne pas trop dans les rues de Lima et on va se coucher vers 22h.
par JB
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Mardi 14 août 2007
Petite grasse mat' jusqu'à 9h. Lorsqu'on sort de l'hôtel, notre rue (qui donne sur la Plaza Mayor et le palais présidentiel) est bloquée à la circulation par des grilles énormes. Des manifestations sont prévues dans la journée et la police est déjà présente en nombre, sans compter les véhicules blindés postés en permanence devant les bâtiments officiels. La situation sociale est très tendue depuis quelques mois puisque le président, Alan García, a dû affronter les plus importantes manifestations dans le pays depuis 2000 et la chute du régime fujimoriste. On prend un solide petit-dej juste à côté de l'hôtel, à base de sandwichs et de riz, avant de partir en taxi au Museo de la Nación (course d'1/2h pour 7 NS) : notre chauffeur prend soin de bien verrouiller nos portières de l'intérieur et, sur le trajet, on emprunte des ruelles à travers la banlieue de la ville, passant d'un quartier aisé à un autre très pauvre, sans aucune transition.

Le musée est extérieurement assez laid (gros bloc de béton paraissant inachevé) et l'intérieur est constitué de salles plutôt froides, souvent en courant d'air. Lima-musee.jpgNéanmoins, l'exposition permanente est très intéressante et la présentation assez pédagogique : on découvre par ordre chronologique les différentes civilisations ayant peuplé le Pérou au cours du temps et des objets trouvés par les archéologues viennent illustrer les nombreuses explications écrites. Les deux premiers niveaux sont consacrés aux peuples pré-incas (Moche, Chimú, Huara, Nazca, Paracas, Chavín...), puis le second étage est entièrement dédié à l'empire Inca. On y découvre quelques objets exceptionnels (céramiques, poteries, tissus, masques, bijoux...), mais cette visite nous sert surtout de révision théorique concernant tout ce qu'on a pu voir au cours des trois dernières semaines : on resitue un peu mieux les différentes civilisations, dans l'espace et dans le temps. C'était finalement une excellente idée de garder cette visite pour la fin de notre voyage ! On prend notre temps dans le musée et on y reste jusqu'à 13h.

Sur les conseils de Soizic et Vincent, on ne manque pas l'expo temporaire, au dernier étage du musée, consacrée à la guerre civile et aux actions terroristes qui ont rongé le pays pendant 20 ans, entre 1980 et 2000. Le Sentier Lumineux (Sendero Luminoso), mouvement maoïste emmené par Abimael Guzmán, est à l'origine d'une guérilla quotidienne, d'abord dans les campagnes (profitant du mécontentement des paysans les plus pauvres), puis dans les villes comme Ayacucho et même jusqu'au centre de Lima à la fin des années 80 (moment où les sympathisants sendéristes sont les plus nombreux). En 1992, l'arrestation de Guzman provoque un essoufflement de la guérilla, mais le Sentier Lumineux est bientôt dépassé par un groupe d'inspiration guevariste : le MRTA, Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru, du nom du dernier Inca à s'être soulevé contre les colons espagnols. Les actions de ce mouvement sont beaucoup plus ciblées et leur principal fait marquant est une prise d'otages, en 1997, à l'intérieur de l'ambassade du Japon à Lima, qui a duré quatre mois (en 1997). Face à ce terrorisme politique, la police et l'armée, par des actions très répressives et systématiques, ont participé à l'embrasement du pays : de nombreuses exécutions sommaires et emprisonnements injustifiés ont eu lieu en signe de "représailles", majoritairement dans les campagnes, chez les populations indigènes (notamment au cours du premier mandat du président actuel, Alan García, puis sous l'ère Fujimori). De nombreux témoignages d'innocents emprisonnés et des images terrifiantes de charniers humains rendent compte des horreurs perpétrées au cours de cette période. L'exposition se termine sur un message de réconciliation nationale, les faits étant encore tout frais dans la tête des gens. Un petit dépliant tire les leçons de ce conflit meurtrier et présente certaines mesures à prendre, pour éviter un retour à ces années noires. Force est de constater qu'il reste encore beaucoup à faire et que les inégalités énormes entre les paysans des hauts-plateaux et les jeunes cadres de Lima, par exemple, sont encore un terreau propice à de nouvelles insurrections populaires.

Littéralement passionnés par ces expositions, on en aurait presque oublié de manger. On ressort du musée vers 15h, frigorifiés, pour regagner le centre-ville en taxi. On part alors déjeuner dans le quartier chinois, puis on en profite pour faire quelques emplettes avant le retour (bouteilles de Pisco notamment). On entre dans le marché couvert, un immense bâtiment rempli de petites échoppes et couloirs étroits. On y trouve absolument tout (alimentation, déco, habillement...) à des prix défiant toute concurrence... sauf des souvenirs pour touristes ! Lima-PlazaMayor.jpgMais ça valait vraiment le détour. Finalement, il est déjà presque 18h et on passe récupérer notre linge propre déposé la veille à la laverie. Florent jubile en remplaçant enfin son pantacourt par un jean plus approprié aux températures liméennes. On retourne au petit marché artisanal de la veille, derrière le palais présidentiel : on se trouve presque étonnés du naturel avec lequel on discute les prix. Près de la scène, le même groupe que la veille fait toujours danser autant de monde au son des rythmes péruviens. Dernier petit tour dans les ruelles du centre-ville : on se décide à dîner dans un tout petit resto de poissons où nous sommes seuls. Gorge nouée et ventre serré : le spleen nous guette pour ce dernier repas en terre péruvienne. On rentre à l'hôtel vers 22h pour préparer nos sacs et on commande un taxi qui doit venir nous chercher à la porte de l'hôtel à 3h45 pour nous emmener à l'aéroport (25 NS, un peu cher, mais difficile à négocier). Extinction des feux vers 22h30 pour notre dernière nuit dans l'hémisphère sud, la tête en bas.
par JB
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Mercredi 15 août 2007
Lever 3h30. Tout juste le temps de prendre une douche avant que le taxi n'arrive. Les rues sont désertes, on a bien fait de commander un taxi parce qu'il aurait été difficile d'en trouver un à cette heure matinale. Pas gênés par la circulation, la sortie de Lima est relativement rapide : on emprunte de grandes avenues qui longent des usines, ceintes d'immenses murs et étroitement surveillées par des gardes armés, depuis des miradors. On arrive à l'aéroport peu après 4h, notre avion décollant à 6h30. Les contrôles de sécurité et l'enregistrement des bagages nous prennent presque deux heures. Même pas de petit-dej dans la zone d'embarquement, on trouve les prix trop chers, d'autant plus quand on réalise qu'ils sont affichés en dollars et pas en soles ! Le retour aux standards occidentaux est brutal... On retrouve donc avec joie un paquet de gâteaux au fond de mon sac, avant l'embarquement pour notre premier vol : Lima-Miami. On atteint Miami sans encombre vers midi. Formalités de douane (re-prise d'empreintes digitales et re-prise de photo) avant de repartir vers 16h pour New York, avec une bonne heure de retard. Dans les vols domestiques American Airlines, on paye tout (écouteurs audio, bouffe). Atterrissage vers 19h à l'aéroport J-F Kennedy de New York.

A peine arrivés dans le hall de l'aéroport, nos yeux sont attirés par les écrans qui diffusent CNN en boucle. Edition spéciale : "Major earthquake in Peru, near Pisco". 7,9 sur l'échelle de Richter, le choc... Immédiatement, on pense à tous les gens qu'on a pu croiser au cours de ces derniers jours. Nous-mêmes, deux jours plus tôt, nous prenions le petit-dej au bord de la route Panaméricaine, à quelques kilomètres de Pisco. Le tremblement de terre a eu lieu vers 18h, heure locale, soit 12 heures après notre décollage de Lima. Les témoignages par téléphone se succèdent : le pays semble tombé dans le chaos. Les liaisons routières (dont la route Panaméricaine) sont complètement coupées et les communications sont très difficiles. La ville de Pisco semble durement touchée, mais le bilan est encore très flou. Des spécialistes scientifiques se succèdent à l'écran : certains évoquent le risque d'un tsunami sur toute la côte Pacifique sud-américaine et même jusqu'à l'archipel d'Hawaii ! Sans un dollar en poche, on ne peut même pas téléphoner en France pour rassurer la famille ; de toutes façons, c'est déjà la nuit là-bas, ça attendra bien demain matin, à notre arrivée à Paris.

On finit par embarquer, vers 21h, pour notre dernier vol : New York JFK - Paris CDG. Dans l'avion, mon voisin est un thésard de l'Université d'Orsay qui revient d'un entretien pour un post-doc à San Francisco. On parle un peu des problèmes de la fin de thèse, jusqu'au dîner servi par l'équipage de bord, puis gros dodo jusqu'au petit-dej, au-dessus de l'Ecosse. On atterrit comme prévu à 10h30 à Paris. Petit coup de fil à la famille, en attendant les bagages, pour rassurer tout le monde. Dur dur le retour au RER et au métro parisien, même si c'est assez calme en plein week-end de 15 août. Arrivée chez Florent vers 13h30 ; on transfère toutes nos photos sur son PC et on grave des DVD souvenirs de voyage. Le temps de manger un bout et c'est l'heure des séparations.

Florent, on remet ça quand tu veux amigo !

Je lui souhaite bon courage pour son retour au boulot le lendemain et je rentre à Rennes par le train de 17h. Au programme : un coucou à la famille vendredi, avant le mariage de Charlé & Lulu tout le week-end : pfff... le retour au boulot sera difficile lundi ! (et mardi, et mercredi...)
par JB
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Jeudi 16 août 2007
Budget total (pour 1 personne) : 1966 €

Taux de conversion (été 2007) : 1 NS (nuevo sol) = 0,23 €  = 0,32 $

Pour ceux qui prépareraient un voyage dans la région, voici un ordre d'idée des prix pratiqués en 2007:

- Billets d'avion (Paris-Lima A/R) : 1041 € (en s'y prenant 6 mois à l'avance et sans passer par les Etats-Unis, il y a possibilité de trouver moins cher). Détail des escales :
  • Aller         American Airlines        16h environ
    • Paris CDG - Miami (7380 km)
    • Miami - Lima (4192 km)
  • Retour      American Airlines       23h environ
    • Lima - Miami (4192 km)
    • Miami - New York JFK (1755 km)
    • New York JFK - Paris CDG (5842 km)

- Dépenses sur place : 925 € (tout compris) pour 24 jours et 25 nuits sur place (soit 38,50 € / jour), tout ceci en se faisant de vrais plaisirs par moments (il y a clairement moyen de faire moins). Aperçu des grosses dépenses :
  • vol intérieur Puerto Maldonado-Cusco : 45 €   (500 km)           Aerocondor       00h30
  • car (longues distances) :
    • Lima-Cusco :                              150 NS  (1155 km)        Cruz del Sur     21h30
    • Cusco-Puerto Maldonado :        60 NS    (500 km)         Iguazú               21h00
    • Cusco-Arequipa :                         60 NS    (700 km)         San Martin         07h30
    • Arequipa-Nazca :                         80 NS     (600 km)         Ormeño             09h00
    • Nazca-Lima :                                 25 NS    (433 km)         Flores                 07h00
  • Machu Picchu (3 j. / 2 n.) : 400 NS
    • bus Cusco - Ollantaytambo (A/R) : 8,50 NS
    • train Ollantaytambo - Aguas Calientes (A/R) : 180 NS  Perurail
    • bus Aguas Calientes - Machu Picchu (aller simple) : 20 NS
    • entrée sur le site : 120 NS
    • guide : 25 NS
    • hôtel à Aguas Calientes (2 nuits) : 30 NS
    • bains d'eau chaude à Aguas Calientes : 10 NS
  • Puerto Maldonado (forêt amazonienne) :
    • Estancia Bello Horizonte (3 jours) : 600 NS (pension complète)
    • Lago Sandoval : entrée au parc + location de barque + frais de guide (1 jour) : 155 NS
    • 2 nuits d'hôtel (Tres Fronteras) : 60 NS
  • Canyon de Colca :
    • hôtel Tradición Colca + trek (2 jours 1/2) : 79 $

Il convient d'ajouter à cela quelques dépenses médicales préliminaires :
  • Traitement anti-paludéen (Malarone) : 50 € environ (bon plan à Paris : pharmacie Souied, 121 avenue de St Ouen, Métro Guy Môcquet, tél : 01 46 27 22 32)
  • Vaccinations tropicales : fièvre jaune, typhoïde, hépatite A (centres de vaccination internationaux)
par JB publié dans : Budget
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Jeudi 16 août 2007
Christophe-Colomb.jpg 1492 : Christophe Colomb découvre l'Amérique. Ainsi commence l'histoire de l'Amérique dans nos livres d'écoliers. On se souvient malheureusement un peu moins de la suite...

La conquête espagnole commence alors. Ce ne fut pas une entreprise "civilisatrice" mais un véritable génocide. A la fin du XVe siècle, l'humanité comptait quelque 300 millions d'âmes (dont environ 100 millions sur le continent américain). Cinquante ans après, les massacres, les maladies inconnues apportées par les Espagnols, l'exploitation de la main d'oeuvre et la déstabilisation d'une société très organisée (avec un pouvoir hypercentralisé) ont décimé la population, jusqu'à la réduire à 3 ou 4 millions d'individus : le tiers de l'humanité exterminé ! Le Nouveau Monde naît donc sur l'horreur du plus monstrueux génocide de l'Histoire !

Auparavant, les cultures nées au Pérou s'étaient développées et répandues au sein d'un monde historique où les dominations n'impliquaient pas l'abolition de l'univers social, culturel et religieux. Ainsi, une civilisations pré-inca comme les Paracas (entre 1000 et 200 av. J.-C.) laisse des tissages prodigieux, notamment des manteaux funéraires magnifiques. A la même époque, les Chavins introduisent le travail du bronze et de l'or en Amérique du Sud. Conquista-capture-Inca.jpgLa civilisation Nazca (entre 200 avant et 800 ap. J.-C.) développe, dans le sud, un art non figuratif d'une intensité sans égale et rappelant les créations les plus complexes de l'abstrait contemporain. Presque à la même époque, au nord, les Mochicas forgent une civilisation dont l'art réaliste représente chaque chose avec un raffinement remarquable : les plantes, les animaux, la mort, l'érotisme. Plus tard, les Chimus (1000 à 1460 ap. J.-C.) agrandissent les réseaux d'irrigation laissés par les Mochicas et laissent des céramiques et des objets en métaux précieux d'une grande finesse.

Les Incas conquièrent ces cultures sans en comprendre la splendeur ou la complexité. Mais les vaincus s'incorporent dans l'histoire inca, contrairement à la conquête espagnole qui est la négation absolue de cette histoire : elle l'annule. Le conquistador n'occupe pas que l'espace : il occupe le temps. A partir de 1531, l'histoire occidentale devient l'histoire unique, où il n'y a pas de place pour les vaincus.

(source : Vivre le Pérou, André Lemaire & Manuel Scorza, éditions mengès, 1982)

Bibliographie :
La vision des vaincus, par Nathan Wachtel (1972).
Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, par Inca Garcilaso de la Vega (1609).
Les veines ouvertes de l'Amérique Latine, par Eduardo Galeano (1971).

Quelques liens sur les Incas :
http://aproposdesincas.ifrance.com/
http://archives.arte-tv.com/hebdo/dessouscartes/19990410/ftext/start.html
http://dduguay.club.fr/index.html
http://incas.perucultural.org.pe/english/index.htm
par JB publié dans : Histoire
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