Mercredi 8 août 2007
Ce matin c'est grasse mat' :
lever à 8h30 ! On part en quête d'un petit-dej et on trouve un resto dans une petite cour intérieure qui nous sert un repas assez copieux. Sur la Plaza de Armas, un groupe local est en
train de tourner le clip d'une chanson, guitare à la main et magnétophone pour se caler. Avec Florent, on se prend à rêver d'apparaître un jour en arrière-plan sur les écrans de MTV... On jette
ensuite un oeil à l'intérieur de la cathédrale : vraiment rien d'extraordinaire, grosses pierres et murs épais. Est-ce de la lassitude ? l'atmosphère de la ville nous séduit quand même un peu
moins que tout ce qu'on a pu voir jusque là. Ici, on ressent beaucoup moins l'exotisme, on pourrait presque être dans une ville espagnole.Nous nous posons un moment pour écrire nos cartes postales et achetons des timbres (5 NS par carte, soit au moins deux fois plus cher qu'en France, alors que le niveau de vie est environ quatre fois moindre ! la libéralisation des services publics a fait des dégâts...). On part alors en direction du musée Santuarios Andinos où est exposée la fameuse momie Juanita (précisions en anglais ou espagnol), retrouvée en 1995, à plus de 6000 m d'altitude sur le volcan Ampato, dans un état de conservation exceptionnel du fait de la glace qui la recouvrait. La visite commence par un film mystico-historique racontant le sacrifice de Juanita, jeune fille de 14 ans, dans le but de calmer la colère des dieux, sans doute après un épisode volcanique ou sismique. Le type de vêtements qu'elle portait a permis aux chercheurs de localiser sa région d'origine : avant ce sacrifice, elle a dû affronter une longue marche de plusieurs semaines et l'ascension finale du volcan à plus de 6000 m
, dans la neige, les pieds à peine protégés par les chaussures de l'époque ! La visite du musée qui suit
est assez expéditive : une guide nous présente toutes sortes d'objets retrouvés autour de la momie : tissus, céramiques, statuettes, bijoux... On termine notre visite par une exposition assez
pédagogique sur le volcanisme.Pour déjeuner, nous allons au hasard dans les ruelles et une enseigne nous accroche : des cuys !!! Il s'agit de cochons d'Inde (Christophe Colomb qui les a ramenés en Europe se croyait en Inde) cuits à la broche : ça a un peu goût de lapin, pas exceptionnel, mais expérience intéressante. Nous prenons ensuite un taxi pour aller dans le quartier Yanahuara, situé sur une colline qui surplombe la ville. C'est l'occasion d'admirer les montagnes environnantes et notamment les trois volcans majeurs aux cimes enneigées qui entourent la ville : le Chachani (6087 m), le Misti (5821 m) à la forme si caractéristique de volcan en pointe (comme le mont Fuji au Japon) et le Picchu Picchu (5540 m).
Visite de l'église San Juan Bautista à la jolie façade ciselée.
L'intérieur ne comporte un intérêt que dans la mesure où on aime les statues kitsch ! Petite balade dans les ruelles du quartier puis retour dans le centre à pied : on traverse le río
Chili pour retrouver la Plaza de Armas en moins d'une demi-heure.Nous entrons alors dans la jolie église de la Compañia située sur la place, du côté opposé à la cathédrale : la façade finement ciselée contraste d'ailleurs avec l'extérieur massif de la cathédrale. L'intérieur est comme toujours baroque... mais d'assez bon goût. La sacristie notamment vaut vraiment le détour avec sa voûte aux fresques colorées. On en ressort à la nuit tombante par deux cloîtres attenants qui abritent maintenant des boutiques de luxe ou des banques. Passage à l'hôtel afin de préparer nos sacs pour le départ matinal du lendemain dans le cañon de Colca. Une fois de plus, nous laisserons nos gros sacs à l'hôtel et n'emporterons que l'essentiel pour notre excursion de trois jours. Puis on repart dans le centre pour aller dîner. C'est ce soir ou jamais que nous profiterons de la vie nocturne réputée d'Arequipa.
Après avoir un peu erré au hasard dans les rues du centre, on se décide pour un resto de spécialités de la mer : au menu pour moi, un ceviche (poisson cru, "cuit" dans un mélange de citron, de piment et d'oignons), LA spécialité péruvienne, tandis que Florent s'en tient à un plat à base de crevettes. Les assiettes sont bien garnies et le piment nous échauffe un peu les papilles, mais ni pain ni riz pour faire passer tout ça (tant pis, on se vengera sur le vin). On a maintenant pleinement confiance en nos intestins et les quatre heures de car du lendemain ne nous effraient même plus. On ne va d'ailleurs pas en rester là puisqu'on entre ensuite dans un bar pour s'enfiler quelques Pisco Sour (ici, il se vend au pichet !), l'autre grande spécialité péruvienne (on ne peut pas mourir sans avoir goûté ça). J'en profite aussi pour goûter la bière locale : après la Cusqueña à Cusco, la voici la voilà... l'Arequipeña à Arequipa ! Pas franchement très différente de sa consoeur de Cusco, mais elle se laisse boire (heureusement, parce que la bière se sert en bouteilles de 50 cl, pas moins). Il est malheureusement grand temps de rentrer à l'hôtel pour récupérer un peu avant notre départ pour la vallée de Colca : ce soir, on optimise le temps d'endormissement...
pour nous emmener dans notre bus "Eros Tour". On commence par se demander si on ne s'est pas trompé d'excursion... Ce matin, c'est ramassage scolaire : on
passe dans tous les hôtels de la ville pour récupérer quelques personnes à chaque arrêt. On se retrouve vite entourés de Nord-Américains et d'Européens, ça nous change un peu des cars régionaux
de la vallée sacrée, mais on doit assumer notre choix. Une heure plus tard, le car est enfin complet et nous voilà en route vers Chivay, ville située à l'entrée du ca
La fête du
soleil (Inti Raymi) était et est toujours célébrée lors du solstice d'hiver (austral), le 24 juin. La langue
L'un d'eux nous accompagnera, dans l'après-midi, pour une
balade dans les "collines" environnantes : on est à près de 4000 m et le froid est encore plus perçant qu'ailleurs, dès que le soleil se cache.
Ils descendent tous

Très vite, l'alcool et la fatigue
aidant, certains commencent à danser au son de la fanfare qui joue en boucle le même morceau. Puis a alors lieu la cérémonie d'ouverture des vannes, afin de voir enfin l'eau jaillir dans les
canalisations fraîchement nettoyées. Tout au long de ce cérémonial, nous sommes restés un peu à l'écart, afin de ne pas perturber cette fête populaire et certains villageois viennent maintenant
nous proposer de goûter leur chicha : celle-ci est assez amère et a un goût de terroir prononcé. Le plus frappant, c'est cet esprit de solidarité et de partage que l'on ressent très
fortement, jusque dans la manière de boire la chicha dans un même grand verre que l'on transmet à son voisin.

Les paysages sont magnifiques et on découvre de plus en plus d'andenes (terrasses) immenses qui
servaient aux nombreuses cultures des civilisations incas et pré-incas. Une grande partie n'est malheureusement plus entretenue, les habitants de la vallée ayant été massivement envoyés dans les
mines d'argent et d'or, dès le XVIIe siècle, par les colons. Nous arrivons à la Cruz del Condor un peu avant 8h et nous ne sommes pas les premiers : de nombreux touristes sont déjà là,
armés de leur appareil photo, et des femmes de la vallée leur vendent tissus et chapeaux traditionnels. Le lieu d'observation est situé au bord du ca


On prend un bus local qui nous dépose quelques kilomètres plus loin, au bord de la route, au commencement du sentier (altitude
3300 m environ). Nous commençons à marcher vers 10h30, en suivant Julian qui nous emmène à un bon train. Nous rattrapons d'ailleurs plusieurs groupes partis plus tôt. La rudesse du climat de la
région (très froid la nuit et très chaud en journée) donne lieu à un paysage désertique, seules quelques terrasses irriguées apportant un peu de verdure au loin. Le chemin descend d'abord
lentement, puis la pente devient de plus en plus forte. Le ca
se désaltérer et
manger quelques biscuits. En repartant, je ne trouve plus mon appareil photo, il ne peut pourtant être bien loin. En me penchant depuis le pont, je l'aperçois 3 mètres plus bas : il a dû tomber
lorsque j'ai enlevé mon sac à dos et sa glissade vers la rivière a heureusement été stoppée par une pierre. La carapace extérieure est un peu cabossée et déboîtée, mais les organes vitaux ne
semblent pas atteints puisqu'après quelques caprices il semble fonctionner à nouveau correctement. Nous repartons donc sur l'autre rive, en direction de San Juan de Chuccho, un tout petit village
à une vingtaine de minutes de marche, où nous nous arrêtons pour déjeuner (
par les villages en hauteur (Cos
La région commence quand même un peu à profiter de la féquentation touristique : l'électricité est en cours d'acheminement
dans tous ces villages. N'étant plus tout à fait en fond de vallée, le chemin traverse à nouveau des zones désertiques, parsemées de cactus, jusqu'à une croix où un superbe panorama s'offre à
nous : au milieu de cet environnement très aride, l'oasis de Sangalle et le río Colca semblent prisonniers, au fond de ce ca
L'eau n'est pas trop
froide, mais la température extérieure a rapidement chuté car le soleil ne parvient plus, à cette heure-là, au fond du ca
Les polaires et bonnets sont les bienvenus parce qu'il fait assez froid et les jambes sont un peu engourdies des efforts de la veille. Les premiers
hectomètres sont donc difficiles, mais on se réchauffe rapidement en remontant le chemin qui serpente au-dessus de nous. Petite pause très courte pour enlever une couche de vêtements et on repart
rapidement, car le vent glacial nous refroidit très vite. On aperçoit la lueur de quelques lampes de randonneurs partis avant nous. Le ton de la "balade" est donné : ça grimpe fort, très fort !
Julian nous emmène à un train d'enfer et on rattrape bientôt le groupe de trois personnes qui nous précédait. On continue au même rythme rapide mais régulier : impossible de parler, nous sommes
trop essoufflés, chacun se perd donc dans ses pensées, en mettant un pied devant l'autre. Les jambes commencent à souffrir un peu ; surtout ne pas penser à l'arrivée... Après un peu plus d'une
heure de montée, la lampe de Florent montre des signes de fatigue inquiétants (un peu comme nous). Je sacrifie alors mes piles d'appareil photos pour lui éviter de finir l'ascension en
"aveugle".
légèrement tiède... standing gîte de haute montagne) ; on
l'apprécie quand même, malgré la température encore très fraîche. Nous sommes affamés et le petit-dej est avalé en deux minutes, puis on se rend sur la place du village, où le soleil se lève,
pour prendre le bus de 6h30 qui va à Arequipa. Là une foule se bouscule déjà autour du car : la moitié est constituée de touristes ayant passé la nuit dans un hôtel de Cabanaconde et qui se
rendent à la Cruz del Condor ; des femmes du villages constituent l'autre moitié des passagers, et elle sont lourdement chargées de marchandises qu'elles partent vendre aux touristes
à... la Cruz del Condor ! Heureusement, Julian nous a réservé des places assises parce qu'il y a environ deux fois plus de personnes que le car ne peut en contenir. Les autres seront
donc debout dans l'allée, serrés comme entre Châtelet-Les Halles et Gare de Lyon aux heures de pointe ! J'ai pitié d'une petite grand-mère péruvienne qui est en train de se faire écraser et on se
serre sur notre banquette pour lui laisser une petite place.
Arrivés à la gare routière d'Arequipa vers midi, on remercie
Julian pour ces 24 heures passées ensemble et on se sépare : nous allons directement au comptoir de la compagnie Orme
Dîner suivi du maintenant traditionnel Pisco, puis retour à la pension
Thelma pour récupérer nos sacs avant le départ pour le terminal terrestre, en taxi. Nous embarquons pour Nazca vers 21h30 dans un bus hyper luxueux : seulement 3 sièges dans la largeur du car,
des sièges moelleux, larges et inclinables quasiment à l'horizontale. Ca y est, on entame notre remontée vers le nord du pays et Lima : ça sent la fin des vacances, on a un peu le blues.
Sur les écrans du bus, on nous passe un film qu'on a un peu de mal à comprendre au début, puisqu'on voit des ombres passer devant l'image et qu'on entend des rires sur la bande son. En fait, il
s'agit bel et bien d'une vidéo pirate, enregistrée dans une salle de ciné ! Qui a parlé de droits d'auteurs ? Apparemment, la meilleure compagnie de bus du pays ignore cette loi... Epuisés par
notre longue journée (plus de 20h que nous sommes debout), on s'endort assez vite dans nos fauteuils douillets.
On lui explique qu'on préfèrerait se documenter
sur ces mystérieuses lignes avant d'aller les voir et le Routard conseille, pour cela, de se rendre au
Il existe cependant de
les momies étaient déposées dans ces trous, accompagnées de vases en céramique et offrandes diverses (tissus, bijoux...), puis le trou était recouvert
de rondins de bois et de terre. Malheureusement, de tout temps, les tombes ont été pillées dans le but de récupérer bijoux et autres objets de valeur ; actuellement, un gardien surveille le site
24h/24. Les momies mises à jour sont dans un état de conservation remarquable, après mille ans passés à l'abri de la lumière, dans leur tombe, en position foetale. Mais leur dégradation est
aujourd'hui très rapide, dans ce musée en plein air, à cause du rayonnement solaire et du vent. Là encore, le manque de moyens pour l'entretien du site est flagrant. Sur le chemin du retour,
notre programme de visite comprend un arrêt chez un orpailleur. Il nous présente brièvement le
Elles s'étendent à perte de vue (14 km pour la plus longue, traversée par la route
Panaméricaine) et les rayons bas du soleil de cette fin de journée amplifient le contraste entre le sol gris (oxyde de fer) et les lignes plus claires, légèrement creusées sur 10 à 30 cm de
profondeur, laissant apparaître le sol gypseux. Notre guide-chauffeur de taxi nous expose les théories les plus connues concernant l'utilité de ces lignes... pas très clair ! Bref, passons au
mirador, à quelques centaines de mètres de là : on monte à une vingtaine de mètres au-dessus du sol pour découvrir deux mains et un arbre dessinés sur le sol. Le lézard, quant à lui, est plus
difficile à discerner car presque effacé, d'autant que la Panaméricaine le traverse en son milieu. Dix minutes montre en main, on reste un peu sur notre faim, mais les témoignages de ceux qui ont
opté pour le survol en avion ne sont pas vraiment plus enthousiastes. Au retour, notre chauffeur se prend lui-même son pourboire en nous faisant payer le péage d'entrée dans la ville...
décidément, le tourisme est un commerce, ici encore plus qu'ailleurs.
aux environs de Pisco, pour un petit-dej dans une
station-service : ça sent déjà le poulet grillé ! On repart une demi-heure plus tard pour la fin de notre périple. Ce n'est pas le trajet le plus agréable qu'on ait fait, loin de là... Le paysage
est très monotone : grand désert de terre sombre, sans beaucoup de relief. On sait qu'on approche de Lima lorsqu'on commence à trouver des panneaux publicitaires énormes (et vides) au bord de la
route. Puis, on entame l'interminable traversée des faubourgs très pauvres de la ville. Tous les matins, des centaines de microbús empruntent ce chemin pour
acheminer les habitants de ces quartiers au travail : c'est au minimum une heure dans les embouteillages matin et soir.
De retour dans les environs du palais présidentiel, on découvre un marché artisanal où Florent achète du
Pisco, après en avoir goûté une petite série... encore une fois, on craque face aux yeux doux d'Irma, la vendeuse ! Au milieu du marché, un groupe local joue les airs traditionnels qu'on a déjà
entendus partout dans le pays. Les gens dansent allègrement devant la scène, ça nous paraît assez irréel de trouver cette ambiance très populaire à deux pas de la place principale de Lima.
Néanmoins, l'exposition permanente est très intéressante et la présentation assez pédagogique :
on découvre par ordre chronologique les différentes civilisations ayant peuplé le Pérou au cours du temps et des objets trouvés par les archéologues viennent illustrer les nombreuses explications
écrites. Les deux premiers niveaux sont consacrés aux peuples pré-incas (Moche, Chimú, Huara, Nazca, Paracas, Chavín...), puis le second étage est entièrement dédié à l'empire Inca. On y découvre
quelques objets exceptionnels (céramiques, poteries, tissus, masques, bijoux...), mais cette visite nous sert surtout de révision théorique concernant tout ce qu'on a pu voir au cours des trois
dernières semaines : on resitue un peu mieux
Mais ça valait vraiment le détour. Finalement, il est déjà presque 18h et on
passe récupérer notre linge propre déposé la veille à la laverie. Florent jubile en remplaçant enfin son pantacourt par un jean plus approprié aux températures liméennes. On retourne au petit
marché artisanal de la veille, derrière le palais présidentiel : on se trouve presque étonnés du naturel avec lequel on discute les prix. Près de la scène, le même groupe que la veille fait
toujours danser autant de monde au son des rythmes péruviens. Dernier petit tour dans les ruelles du centre-ville : on se décide à dîner dans un tout petit resto de poissons où nous sommes seuls.
Gorge nouée et ventre serré : le spleen nous guette pour ce dernier repas en terre péruvienne. On rentre à l'hôtel vers 22h pour préparer nos sacs et on commande un taxi qui doit venir nous
chercher à la porte de l'hôtel à 3h45 pour nous emmener à l'aéroport (25 NS, un peu cher, mais difficile à négocier). Extinction des feux vers 22h30 pour notre dernière nuit dans l'hémisphère
sud, la tête en bas.
1492 : Christophe Colomb découvre l'Amérique. Ainsi
commence l'histoire de l'Amérique dans nos livres d'écoliers. On se souvient malheureusement un peu moins de la suite...
La civilisation Nazca (entre 200 avant et 800 ap. J.-C.) développe, dans le sud, un art non figuratif d'une intensité sans
égale et rappelant les créations les plus complexes de l'abstrait contemporain. Presque à la même époque, au nord, les Mochicas forgent une civilisation dont l'art réaliste représente chaque
chose avec un raffinement remarquable : les plantes, les animaux, la mort, l'érotisme. Plus tard, les Chimus (1000 à 1460 ap. J.-C.) agrandissent les réseaux d'irrigation laissés par les Mochicas
et laissent des céramiques et des objets en métaux précieux d'une grande finesse.