Dimanche 29 juillet 2007
La nuit sur matelas mousse a été un peu "dure" pour Florent, mais on réussit quand même à s'extraire de nos sacs de couchage vers 8h. Préparation collective d'un guacamole maison, sous la houlette de Soizic, et on s'enfile un petit-dej royal avec du bon pain acheté la veille. La journée sera consacrée à la visite des ruines incas les plus proches de Cusco, à commencer par la forteresse de Sacsayhuaman, Sacsayhuaman.JPGqui surplombe la ville. On part donc à pied en direction de ce lieu sacré où est célébrée tous les ans l'Inti Raymi (fête du soleil) lors du solstice d'hiver (24 juin).

Après plusieurs escaliers et ruelles en pente traversant les faubourgs de Cusco, on arrive sur le site de Sacsayhuaman, environ 200 mètres au-dessus de la ville. Il s'agit d'une immense forteresse constituée de blocs monolithiques, dans le plus pur style inca. Une grande esplanade couverte d'herbe est bordée par une triple muraille impressionnante en zig-zag. On a également un panorama exceptionnel, avec une vue remarquable sur Cusco et l'Ausangate, le point culminant de la région (près de 6400 m !). Nous sommes dimanche et beaucoup d'habitants de Cusco sont là en famille, c'est un peu le parc municipal. Nous prenons notre temps pour la visite, pour bien rentabiliser Sacsayhuaman-mur.JPGnotre boleto turistico, rebaptisé "boulet touristique", tant il donne droit d'accès à des sites dont l'intérêt est très variable (voir ici le programme). Soizic s'arrête une demi-heure pour dessiner une porte inca à l'aquarelle et elle se fait tout plein d'amis admiratifs parmi les visiteurs et les passants.

Nous nous dirigeons ensuite vers le site de Kenko qui se trouve à moins d'un kilomètre. Il fait chaud et la motivation de la troupe n'est pas énorme : on fait une halte Picon bière dans un jardin fort sympathique. Nous arrivons finalement à Kenko pour découvrir un site constitué de plusieurs tunnels dont le plus profond contient un autel rituel. L'utilité de ce lieu pour les Incas demeure cependant encore assez mystérieuse. Sacsayhuaman-photodart.jpgIl est déjà 15h30 et on part en direction des deux sites suivants : Puka Pukara et Tambomachay. Le chemin pour y arriver est plus long qu'on ne le pensait : nous traversons des champs et des troupeaux de moutons et chèvres. On ne voit plus Cusco et nous sommes désormais à près de 4000 m, entourés de montagnes, la luminosité de fin de journée conférant une atmosphère particulière.

Enfin, la forteresse de Puka Pukara (fort rouge en Quechua) est en vue, on se lance alors un défi : arriver le premier au sommet de ce monticule, en possession de son boleto turistico non poinçonné. Il va donc falloir ruser pour tromper la vigilance des gardiens du site. Florent et Vincent décident d'approcher les ruines à revers, quitte à se rallonger. Sereinement, Soizic et moi arrivons de front vers l'entrée officielle, mais le gardien, sans doute distrait, ne nous demande pas nos billets. Finalement, j'arrive tranquillement le premier au sommet, coiffant sur le poteau Florent qui s'écroule de dépit, exténué par sa course folle et l'escalade du fort : il est "dégout'man" ! Vince et Soiz arrivent juste après, dans un mouchoir. Le temps que Florent se remette de sa défaite, nous jetons un oeil aux ruines qui n'ont "rien de particulier" (dixit le Routard !). Il s'agit simplement d'une forteresse entourée de quelques maisons.

Le site de Tambomachay se trouve tout près de là : il servait de bains à l'Inca. On s'y rend un peu blasés, pour découvrir un superbe mur au milieu duquel sont taillées plusieurs arrivées d'eau. La provenance de cette eau demeure encore un mystère, le réseau de canalisations étant bien complexe. Un peu fatigués par cette marche, nous rentrons en microbús à Cusco (pointe de fréquentation à 20 personnes à l'intérieur !).
Tambomachay-rando.JPG
Pour finir en beauté cette journée spéciale "rentabilisation du boulet touristique", on se motive pour aller assister à une représentation de danses folkloriques au Centro Qosqo de Arte Nativo à 19h. N'ayant pas mangé depuis le petit-dej, on est affamés et on a juste le temps de s'enfiler un quart de poulet chacun accompagné de frites, avant d'arriver au spectacle. C'est ici que l'appellation "boulet touristique" prend tout son sens : nous assistons à un enchaînement de danses présentées de manière assez kitsch et manquant singulièrement de spontanéité (notamment du côté des musiciens). Finalement, on revient chez Alba et Wilfredo où l'on nous offre un thé. Soizic en profite pour poser beaucoup de questions sur la culture inca : on apprend énormément de choses. Nous partons alors nous coucher vers 23h en décidant que le lendemain sera consacré à la logistique du voyage, Soiz et Vince ayant prévu de partir le soir pour Arequipa, alors que Florent et moi souhaitons poursuivre notre voyage dans la jungle amazonienne. Cusco-AlbaSoiz.jpg
par JB
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Lundi 30 juillet 2007
Lever 8h et petit-dej avec Alba et Wilfredo. On mange un excellent pain fait à partir de la farine du grand-père et cuit dans le four communautaire du quartier. On profite tous de la douche chaude (la meilleure qu'on ait prise au cours du voyage : une vraie douche chaude avec un débit digne de ce nom) ! Cette journée sera notre dernière à quatre puisque Soizic et Vincent doivent poursuivre leurs aventures par un projet de volontariat au Brésil. Et pour rejoindre Rio de Janeiro, ils n'ont pas trouvé plus simple que de partir de Santiago du Chili ! Ils doivent donc partir pour Arequipa le soir-même, puis rejoindre Tacna à la frontière chilienne pour enfin atteindre Santiago après une cinquantaine d'heures de bus... Ils se rendent donc au terminal terrestre pour acheter un billet de bus pour le soir-même. Pendant ce temps, Florent et moi apportons notre linge sale dans une laverie. On peut le récupérer propre, sec et repassé dans l'après-midi pour 3 NS/kg.

De notre côté, on souhaite consacrer cette journée à la préparation de notre excursion dans la jungle amazonienne. Cusco-porte.JPGNous n'avons pas encore d'idée arrêtée sur l'endroit et les moyens de transport pour y parvenir, mais le Lonely Planet conseille de se rendre au South American Explorer, association de voyageurs présente partout en Amérique du Sud et qui offre des services à ses adhérents mais également des renseignements à tous ceux qui le souhaitent. Cette plongée dans un milieu très anglophone nous fait prendre conscience que notre anglais est un peu rouillé. Malheureusement, nous n'y trouvons pas beaucoup plus d'infos que celles que nous avons déjà grâce au Lonely et au Routard. Les quelques lectures et relectures de guides nous convainquent quand même que la solution la plus simple serait de se rendre à Puerto Maldonado, ville entourée de nombreux parcs protégés à la biodiversité exceptionnelle. Cette ville se trouve dans la province de Madre de Dios, à seulement 500 km de Cusco (initialement, on voulait rejoindre Iquitos, ville au nord du pays et au bord de l'Amazone, en descendant la rivière Ucayali en bateau, mais cela nous aurait pris près d'une semaine !). Il nous faut maintenant compléter nos informations par quelques recherches internetiques. On rejoint donc Soizic et Vincent dans un cyber-café, et on parvient à glaner, ici et là, quelques adresses de guides proposant des excursions autour de Puerto Maldonado. Cusco-dentiste2.JPGOn trouve aussi quelques possibilités de vols intérieurs Cusco-Puerto Maldonado, mais on préférerait s'y rendre par voie terrestre (au moins à l'aller), pour mieux profiter des paysages. En effet, il existe une route non-goudronnée qui constituera une partie de la route transocéanique, devant relier la côte Atlantique du Brésil à la côte Pacifique du Pérou. A cause des travaux titanesques qui la rendent impraticable pendant la journée, la première partie de cette route n'est ouverte que la nuit et la description que font les guides de ce trajet est assez apocalyptique : durée de voyage très incertaine (de 2 à 5 jours), dans la benne de camions 4x4 aux roues énormes, style Salaire de la Peur, avec des passages à plus de 4500 m... Quelques forums de voyageurs parlent de bus qui feraient ce trajet, au moins durant la saison sèche (nous y sommes), mais rien de plus précis. Nous ne sommes donc pas vraiment plus avancés... mais on va quand même manger tous les quatre une délicieuse trucha grillée dont on parlait depuis longtemps !

Après le déjeuner, on se sépare à nouveau : Soizic et Vincent veulent faire quelques courses pour leur voyage (ils en profiteront pour récupérer le linge à la laverie) et rentrer assez tôt chez Alba et Wilfredo, pour préparer leurs sacs et passer un peu de temps avec eux. Florent et moi, on se décide à prendre quelques renseignements auprès d'agences offrant des formules "clé en main" pour Puerto Maldonado. Ca nous permet au moins d'avoir une idée des programmes proposés et des tarifs pratiqués. Là, on nous confirme qu'il existe bien des cars faisant le trajet Cusco-Puerto Maldonado, et ceci en seulement 18h ! Ca nous rassure pas mal et on se décide pour cette option-là. On passe réserver une chambre d'hôtel pour le soir-même, à Cusco, juste à côté du couvent Santo Domingo, bâti sur les ruines de l'ancien temple du Soleil inca. Puis nous allons au teminal terrestre où les compagnies allant à Puerto Maldonado sont rejetées au premier étage : on se rend vite compte qu'il ne s'agit pas de la destination favorite des touristes, surtout par bus ! Au guichet de la compagnie Iguazu, on nous présente de belles photos de l'intérieur du car dans lequel on va passer 18h. Ca finit par nous convaincre, même s'il n'y a pas de chauffage à l'intérieur (on nous dit qu'il n'y en a pas besoin dans la selva... et pour la première moitié du voyage dans les montagnes à 4500 m, de nuit, il y aura des couvertures à disposition dans le car). Dernier argument pour nous prouver que c'est une compagnie sérieuse, on nous promet que, comme le voyage dure 18h, il n'y aura pas de gens debout dans l'allée du car... Nous voilà rassurés ! Nous achetons donc un billet de bus pour le lendemain soir (mardi), puis on réserve par internet notre retour en avion (Puerto Maldonado-Cusco : 180 NS/pers. environ), quelques jours plus tard (dimanche), avec Aerocondor (non sans avoir vérifié que cette compagnie ne figure pas sur les listes noires des plus dangereuses au monde). On rentre ensuite chez Alba et Wilfredo vers 17h, pour partager une bouteille de vin péruvien en guise d'adieux. Enfin, on accompagne Soizic et Vincent à la gare routière vers 19h. Le taxi qui nous y emmène nous dépose un peu avant l'entrée du terminal car ses collègues le préviennent que la police surveille l'entrée... et comme il n'a pas de licence de taxi, il préfère éviter une confrontation avec la Police locale (de plus en plus féminisée, afin de réduire la corruption).

Adieux brefs mais intenses... On a passé 10 jours merveilleux en votre compagnie : merci Soizic, merci Vincent, on était vraiment sur la même longueur d'onde pendant ce petit bout de route fait ensemble ! La suite du voyage de Soizic et Vincent, c'est ici.
Les4fous.JPG
Tout tristes de cette séparation, on décide d'aller s'enfiler quelques salteñas (sorte de feuilleté bolivien fourré avec de la viande en sauce), mais c'est fermé comme tous les soirs ! De dépit, on rentre à l'hôtel directement et on est au lit vers 21h30 !

PS : Florent me signale que la photo ci-dessus pourrait être compromettante... Afin de ne pas briser sa carrière (qui s'annonce brillante), je tiens donc à vous rassurer : il n'y a rien entre nous de plus qu'une longue et solide amitié !
Jck
par JB
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Mardi 31 juillet 2007
Pour notre dernière journée à Cusco, on se lève à 7h et on prépare nos sacs pour la forêt amazonienne (selva) : on laissera le reste de nos affaires à l'hôtel pour 6 jours (vu les conditions de voyage auxquelles on s'attend, on emportera le strict minimum). Dernière balade matinale dans les rues de Cusco : Florent profite de la luminosité pour jouer à l'apprenti photographe. Comme notre bus pour Puerto Maldonado part à 16h, on va profiter de cette journée pour se rendre à Chinchero, connu pour ses ruines incas et pour son marché artisanal. On se dirige tranquillement vers le terminal des bus pour Urubamba et on est à bord vers 9h30.

Après une petite demi-heure de trajet, nous arrivons à Chinchero, petit village très authentique, dont la plupart des maisons sont en adobe (briques faites d'un mélange de boue et de paille, séchées au soleil). Chinchero-marche.JPGLe haut du village offre une jolie vue sur toute la vallée. On se dirige alors vers la place de l'église et son marché, constitué d'une vingtaine d'étalages à même le sol. Il y a encore très peu de monde, l'heure de pointe étant plutôt en fin de journée : on en profite pour faire quelques achats (bonnets et pulls en laine d'alpaga, nappes en coton). On est (presque) devenus les rois du marchandage (le secret : avoir le temps !), même si c'est toujours un peu délicat de situer la frontière entre réelle arnaque et juste rémunération du travail. Visite de l'église assez richement décorée, toujours un peu kitsch, et petit tour dans les désormais traditionnelles ruines incas. Elles sont constituées d'un petit tunnel naturel entre les roches et de plusieurs étages de terrasses. Là, des paysannes font sécher leur récolte de pommes de terre (papas), selon la méthode inca qui leur permettra de les conserver plusieurs années. Il est déjà temps de penser au retour à Cusco. Le bus nous passe sous le nez : on se replie donc sur l'option colectivo (taxi partagé avec d'autres clients).

Arrivés à Cusco, on se dirige tout droit vers la salteñeria qu'on avait repérée depuis quelques jours et qui n'est en fait ouverte que dans la journée. On s'enfile deux salteñas chacun, excellent ! Encore une fois, petite prise de risque avec nos intestins avant les 18h de car pour Puerto Maldonado, mais c'est tellement bon ! Juste le temps de faire quelques courses pour le voyage (eau, pain, thon en boîte, biscuits Ritz...) et on retourne à l'hôtel pour récupérer nos sacs prêts pour l'Amazonie. Nous arrivons au terminal terrestre vers 15h. Au moment de l'embarquement, on comprend vite que les superbes photos du bus qu'on nous avait présentées la veille au guichet de la compagnie devaient dater de quelques années... Carrosserie un peu cabossée, rouillée par endroits et confort rudimentaire à l'intérieur (sièges assez vieillots, fenêtres ne fermant pas...), mais l'essentiel y est : Cusco-PuertoM-bus.JPG4 roues énormes, de solides amortisseurs et une mécanique suédoise (Volvo) réputée pour sa solidité à toute épreuve ! Florent est gâté car son siège s'allonge même (un peu). Un écran de télé trône à l'avant du car, solidement fixé : nous nous rendrons vite compte qu'il n'est là que pour la décoration. On jauge nos membres d'équipage qui vont nous accompagner pendant (au moins) 18h : un chauffeur et deux mécanos... hum, il est trop tard pour reculer ! Nous voilà partis dans les faubourgs de Cusco, sur la route de Puno. Pas une seule place libre dans le bus : nos plus proches voisins sont un couple avec deux enfants qui feront le voyage sur une banquette pour deux et une jeune maman avec son bébé de 27 jours (!) sur les genoux. Le bus effectue des arrêts fréquents jusqu'à Urcos pour laisser monter des passagers dans l'allée ! Le Diesel suédois a l'air de bien se comporter : en tous cas, on entend bien le moteur ("hein ? ta soeur elle bat l'beurre ?") ! Petite pause à Urcos (60 km de Cusco) pour un dîner servi à bord (à base de riz). De nombreux vendeurs montent à l'intérieur du bus pour nous proposer mate de coca et pain pour le voyage. Il est environ 17h30 lorsqu'on repart d'Urcos et, quelques kilomètres plus loin, nous quittons la route de Puno pour prendre la piste menant à Puerto Maldonado : plus d'asphalte et ça grimpe fort ! L'aventure commence...

Carte-Cusco-PuertoM.jpg
A peine quelques kilomètres et nous voilà déjà stoppés : beaucoup de camions et quelques cars sont arrêtés devant nous. Ils sont tous très hauts sur leurs roues énormes et la plupart sont des camions citerne portant la mention Combustible : PELIGROSO, voilà de quoi nous rassurer ! Certains de ces camions chargent même des personnes dans leur benne ou même au-dessus de la cabine du chauffeur, assis sur leurs bagages... finalement, pas de quoi se plaindre de nos conditions de voyage ! La nuit commence à tomber et on repart sur la route qui s'élève de plus en plus. Cusco-PuertoM-camion1.JPGEn fait, la piste était simplement fermée à cause des travaux : on croise d'ailleurs de nombreux camions et 4x4 qui redescendent les ouvriers du chantier à Urcos. Et comme la route est souvent trop étroite pour permettre à deux véhicules de se croiser, notre chauffeur est obligé de s'arrêter et parfois de manoeuvrer pour pouvoir passer. Nous sommes déjà à 4000 m et il fait maintenant nuit, mais la pleine lune veille sur nous. Malgré l'altitude, il ne fait pas encore trop froid à l'intérieur du bus. Notre chauffeur a une conduite un peu sportive et il entame une remontée spectaculaire de la file de camions et bus qui nous précédaient tout à l'heure, les doublant un à un dans les lacets de la piste. Nous sommes ballotés dans tous les sens, mais on commence malgré tout à somnoler, n'ayant pas grand chose d'autre à faire (pas de lumière à l'intérieur du car). C'est au détour d'un virage serré que notre chauffeur-pilote gagne son surnom de Jean-Manuel (hommage à Fangio). Ca doit être le manque d'habitude, mais à chaque virage un peu sec, on a vraiment l'impression que le bus va se renverser ! Ouf c'est passé cette fois, en attendant le prochain...

Subitement, dans une descente en ligne droite où Jean-Manuel tente une petite pointe de vitesse, un des mécanos déboule dans l'allée du car et ouvre une trappe au milieu de l'allée (j'écrivais plus haut qu'on entendait bien le moteur... là on l'entend encore mieux !). Le mécanicien crie quelques mots au chauffeur et on finit par s'arrêter sur le bord de route. Cusco-PuertoM-camion2.JPGC'est Jean-Manuel lui-même qui vient voir ce qui se passe, une caisse à outils à la main, pendant qu'un des mécanos donne de violents coups de pied sous le car, depuis l'extérieur. On finit par comprendre qu'il s'agit d'un problème de boîte de vitesse. Après un bon quart d'heure d'arrêt et s'être fait redoubler par beaucoup de camions et cars, au grand dam de Jean-Manuel, tout semble rentrer dans l'ordre et on repart de plus belle. Notre chauffeur est bien décidé à rattraper le retard pris lors de cet arrêt. Commence alors une course folle dans les lacets de plus en plus étroits, à coups d'accélérateur, de frein et de klaxon dès qu'un dépassement est en vue. On remonte une fois encore toute une file de camions et bus, puis la piste commence une descente vertigineuse (heureusement il fait nuit !) dans une vallée encaissée. Nous sommes maintenant presque seuls dans ce désert montagneux, hormis quelques lueurs de phares à l'horizon. La pleine lune nous permet néanmoins de profiter des paysages... lunaires (!) que nous traversons : des montagnes sablonneuses immenses se dressent tout autour de nous. Au milieu des lacets de la descente, on finit par rattraper un bus : coups de klaxon appuyés, freinages brusques, on sent Jean-Manuel un peu énervé... Il tente de faire l'extérieur dans un virage en épingle, mais réalise que ça ne passera pas... debout sur les freins... ouf ! on s'arrête au bord du précipice... C'est dommage, il commençait tout juste à gagner notre confiance. Bon, on fait une petite marche arrière... aïe, ça ne passe pas, la boîte de vitesse se rappelle à nous ! Après plusieurs essais infructueux, on se trouve donc avec l'avant du car au-dessus du vide et nos deux mécanos la tête dans la boîte de vitesse ! Bien entendu, nous sommes en travers de la piste et un petit bouchon de camions se forme derrière nous, commençant à s'impatienter... Une vingtaine de minutes et quelques tentatives plus tard, la marche arrière passe enfin ! Nos mécanos ont semble-t-il trouvé la technique : il suffit d'aider manuellement le pignon à engrener, en passant tout simplement le bras à l'intérieur de la boîte de vitesse, par la trappe ouverte au milieu de l'allée ! On se remet donc en route, Jean-Manuel s'étant calmé et ayant sans doute compris qu'il ne battrait pas son meilleur temps sur le trajet cette fois-ci. Et quand on croise un camion dans un passage étroit, il est tout à coup beaucoup plus courtois pour le convaincre de reculer plutôt que de tenter à nouveau un hypothétique passage de marche arrière. Le rythme s'est considérablement ralenti mais on avance tant bien que mal ; la boîte de vitesse nécessite régulièrement l'intervention manuelle d'un mécano par la trappe d'accès restée ouverte au beau milieu de l'allée, mais sans pour autant arrêter le bus. Il est minuit et on aperçoit les premières cimes enneigées...
par JB
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Mercredi 1 août 2007
La pleine lune nous offre un spectacle merveilleux : les glaciers sont vraiment tout proches. On flirte avec les 4600 m d'altitude et notre voisin de derrière est en train de vomir son dîner par la fenêtre (mal de l'altitude ?). Les allées et venues du mécano pour débloquer la boîte de vitesse sont maintenant devenues routinières. Vers 1h du matin, on traverse un village dans lequel notre chauffeur connaît un garagiste. Mais celui-ci dort profondément, car il ne répond pas aux appels désespérés de nos mécanos. On repart donc sur ce rythme toujours un peu chaotique et nous réussissons même à nous endormir, ou du moins à somnoler... jusqu'à 4h.

Le paysage a changé, nous sommes sortis de la chaîne montagneuse et nous dirigeons vers la forêt. Le relief est  donc nettement plus plat, Cusco-PuertoM-cailloux.JPGla végétation se densifie et l'humidité est de plus en plus présente dans l'air... mais aussi sur la piste ! Après une dizaine d'essais (et autant d'échecs), le bus ne parvient pas à franchir un raidillon assez boueux. Nos membres d'équipage nous invitent donc, assez brutalement, à quitter le bus et à marcher sur une centaine de mètres pour faciliter le passage en l'allégeant. Evidemment les problèmes de boîte de vitesse n'arrangent rien et, après trois nouveaux essais infructueux à vide, il faut trouver une autre solution. Certains commencent alors à jeter des cailloux sur la piste afin de combler l'ornière boueuse. Puis l'ensemble des passagers met la main à la pâte : on se transforme en constructeurs de routes et en un bon quart d'heure, le chemin semble plus accessible. Dans un ronflement de moteur Volvo assourdissant, notre car parvient à franchir l'obstacle. Tout le monde remonte à bord et nous voilà repartis ! La fatigue aidant, on retrouve le sommeil assez rapidement, malgré le bruit toujours aussi présent du moteur, la trappe ouverte au milieu de l'allée permettant de partager le moindre de ses ronronnements...

Vers 9h (déjà 17h de voyage !), nous entrons dans une petite ville de chercheurs d'or, au bord du río Madre de Dios : Mazuko. Cusco-PuertoM-aube.JPGLa plupart des passagers profite de cette halte pour prendre un petit-dej, pendant que les membres d'équipage vont essayer de trouver un garage capable de réparer la boîte de vitesse. Une heure plus tard, on repart de Mazuko avec une boîte fonctionnant parfaitement : pour nous le prouver, notre chauffeur (Jean-Manuel) effectue même une marche arrière sous nos yeux (ébahis). La fin du trajet se déroule sans encombre, notre équipage a les traits tirés, mais Jean-Manuel, qui a repris confiance en la mécanique de son car, profite de la piste désormais plate et droite à travers la forêt amazonienne pour réaliser quelques petites pointes de vitesse. Juste avant d'arriver à Puerto Maldonado, on passe un contrôle de police : tous les passagers sont enregistrés sur un fichier, sauf nous (ils n'ouvrent même pas nos passeports). On entre dans Puerto Maldonado vers 13h, après 21h de trajet mouvementé en bus. Les traits tirés de nos membres d'équipage témoignent du voyage difficile. Tous les passagers sont un peu fatigués, mais contents d'être arrivés : personne ne se plaint, c'est habituel ce genre de péripéties.

On débarque en plein cagnard, dans un endroit si différent de l'ambiance de Cusco et sa région qu'on a réellement l'impression d'avoir changé de pays.PuertoM-rues.jpg Il fait très chaud, les rues ne sont pas goudronnées (à part les 3 ou 4 avenues principales), les motos et motocarros (rickshaws locaux) ne laissent que peu de place dans les rues aux rares voitures. On se sent un peu dans une ambiance de bord de mer (alors qu'on est au coeur de la forêt amazonienne) et de vacances... Les gens sont exubérants et montent à quatre sur les motos en tongs et en short. Les filles aussi sont habillées court, voire très court : la frontière brésilienne n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres. L'atmosphère de ville du sud un peu chaotique se confirme quand on commence à chercher notre chemin : les noms de rues sont aussi bien indiqués que le port du casque à moto est respecté ! On part à la recherche d'une excursion dans la jungle pour 3 jours. La ville n'est pas très jolie, constituée principalement de petites maisons basses construites en parpaings et tôle ondulée. Puerto Maldonado s'est étendue initialement au bord du PuertoM-Peligroso-combustible.jpgrío Madre de Dios pour la collecte du caoutchouc, avant que la prospection d'or et, plus récemment, l'écotourisme ne se développent.

Le Lonely Planet nous indique quelques bonnes adresses d'auberges situées au coeur de la forêt. Nos recherches nous amènent rapidement au siège d'une association s'occupant d'orphelins et qui propose des séjours-excursions dans l'estancia Bello Horizonte, située à une demi-heure de Puerto Maldonado, au milieu de la jungle. On explose un peu notre budget (600 NS / pers. pour 3 jours en pension complète), mais ces séjours participent au financement de l'orphelinat. Nous voilà donc partis en direction de l'auberge, accompagnés par notre excellent guide, Fredy, et par deux Belges (flamands) très sympas, Lieve et Glenn. Traversée du río Madre de Dios en barque : pPuertoM-MadredeDios.JPGlus de 200 m de large et un débit impressionnant (un peu moins que le Yangtsé-Kiang tout de même...) qui oblige les barques à partir à 45° de la direction réellement visée ! L'eau est marron sale et très opaque (excellente cachette pour les caïmans !), tout à fait l'idée qu'on se faisait de l'Amazone... mais ce n'est qu'un de ses sous-affluents ! On rejoint de l'autre côté une portion de la route transocéanique qui part en direction de la Bolivie et du Brésil : la construction d'un énorme pont traversant la rivière est en cours de réalisation et dans quelques années cette autoroute passera quasiment au milieu de la ville de Puerto Maldonado, risquant de bouleverser la vie locale (et ceci malgré la proximité d'une des zones, dans le monde, où la biodiversité est la plus riche). On quitte assez vite cette route pour prendre un petit chemin étroit, ouvert au milieu des arbres, et qui nous conduit tout droit au coeur de la forêt. Au bout du chemin, on découvre une clairière et quelques cabanes en bois : c'est le lieu idyllique où nous passerons 3 nuits.

Il est déjà 15h et un excellent déjeuner d'accueil nous attend, avec nos compagnons belges et Fredy. Puis nous faisons un petit tour du propriétaire : c'est une auberge d'une dizaine de bungallows, tout est très vert. PuertoM-estancia.jpgFredy nous fait découvrir quelques espèces endémiques d'arbres et d'animaux (serpents... en cage), avant d'aller faire quelques brasses dans la piscine d'eau de source, à une centaine de mètres des bungallows. On apprécie d'autant plus ce moment de détente après la nuit dernière et le voyage mouvementé ! Petite bière avant d'aller dîner... on rencontre au bar un groupe de Français qui sont volontaires dans l'orphelinat dont l'auberge dépend. On mange ensuite tous ensemble à la même table (5 Français, 2 Belges, notre guide Fredy et nous 2) : dîner très sympa et nourriture toujours aussi excellente. La fatigue nous rattrape vite et, après une petite séance d'observation du magnifique ciel étoilé de l'hémisphère sud, on part se coucher dans un vrai lit (avec moustiquaire) vers 21h30, en rêvant de croix du Sud et de voie lactée...
par JB
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Jeudi 2 août 2007
PuertoM-aube.JPG Difficile d'émerger ce matin, quand Fredy, notre guide, nous réveille à 4h30 : on rejoint nos compagnons belges et français (de Grenoble !) dans la salle à manger pour avaler un café, juste avant de partir rejoindre le río Madre de Dios. Ce matin, nous avons rendez-vous avec des perroquets (guacamayos) qui viennent se nourrir tous les jours, vers 7h, aux abords de la rivière, sur une falaise qui la surplombe. Vu de notre barque, le lever de soleil est magnifique. Les oiseaux se font un peu attendre : on en aperçoit un, puis deux, bientôt une dizaine... enfin, une nuée de perroquets envahit le ciel ! Leur plumage est très coloré, verts, bleus, rouges vifs, ce qui en fait d'excellentes proies pour les rapaces du coin.

Après un super petit-dej. à bord de notre barque, on repart vers 9h en direction d'un centre de recherche et d'expérimentation agronomique : Fredy nous présente alors quelques fruits locaux et nous fait même goûter une pomme cannelle (ou un corossol ?). PuertoM-colpas-guacamayos2.jpgEnsuite, petit tour dans la réserve d'animaux orphelins qui jouxte le centre. On reste en admiration devant les couleurs vives des aras, le bec du toucan, la force tranquille du jaguar... Le déjeuner nous est alors servi dans un des bungallows communs du village. Pendant la digestion, certains s'essaient au tir à l'arc amazonien (arc très sommaire, en bois), pendant que les autres profitent des hamacs à l'ombre pour faire une petite sieste. Puis nous partons sur un petit chemin, au coeur de la forêt, à la découverte de la canopée : il s'agit de l'étage supérieur de la forêt, en contact avec l'atmosphère. On y accède par une petite passerelle de 40 m de haut et 90 m de long, tendue entre les arbres : Tarzan n'a qu'à bien se tenir !

Retour au bateau pour se rendre dans un village d'indigènes amazoniens. Le chef du village nous accueille en t-shirt Nike, signe s'il en est de la fin de l'isolement de ces communautés. Le but de cette visite est d'essayer de comprendre le mode de vie des indiens d'Amazonie dont certaines communautés vivent encore PuertoM-LeNatif.JPGsans aucun contact avec le monde extérieur (une cinquantaine selon les ethnologues). Sentiment bizarre : nous sommes partagés entre l'envie de découvrir leur civilisation et la gêne liée au voyeurisme inhérent à ce genre de visite. Notre hôte enfile alors un pagne en écorce sur son t-shirt et un bandeau à plume sur la tête, "comme le faisait son grand-père". Il nous fait une démonstration de fauchage d'herbes hautes avec une machette en bois dur. Il sort son arc amazonien pour décocher quelques flèches également. Et puis, il nous présente la vie de tous les jours : comment ils mangeaient (bols faits de noix de coco vidées), buvaient (canne à sucre battue puis pressée), dormaient (sur des nattes en feuilles tressées), faisaient du feu (morceaux de bois frottés les uns contre les autres)...

On nous a aussi promis qu'on verrait des tortues : en fait, on découvre trois pauvres tortues amorphes au fond d'une boîte... On avait déjà été échaudés par la visite, le matin, de la "plage des tortues" : il s'agissait juste d'un enclos où les tortues viennent pondre, chaque oeuf étant repéré par un tuteur planté dans le sol... Dernière surprise : le chef du village sort un boa d'une cage et nous le présente pour qu'on puisse le toucher : c'est froid et lisse, bon, voilà, c'est fait... On finit par le passage obligé dans la boutique d'artisanat local... un peu too much cette visite !

Retour à Puerto Maldonado, toujours en barque, sur le río Madre de Dios. Au bord de la rivière, on aperçoit nettement plusieurs caïmans dont un stoïque qui se laisse approcher à quelques mètres. Nous déposons nos amis français qui doivent repartir travailler à Puerto Maldonado dans l'orphelinat, non sans leur avoir au préalable fixé un rendez-vous Plaza de Armas deux jours plus tard à 21h (samedi soir). Retour à l'auberge vers 16h, petit tour à la piscine, puis partie de foot avec les Belges et Fredy. Apéro au bar à base de Pisco Sour et de bière (Cusqueña). Dîner animé, l'ambiance se détend de plus en plus : la conversation part complètement en vrille, puisqu'on en vient à parler de licking frogs et la tentative d'explication par Fredy des escaliers à tortues se transforme rapidement en flying turtles. Bref, un bon délire grâce à nos amis belges... Une dernière bière au bar et puis dodo vers 21h30 car la journée a été longue (une fois de plus).
par JB
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Vendredi 3 août 2007
PuertoM-aguajoles.jpg Lever vers 7h, nous retrouvons nos amis belges au petit-dej. La nourriture, toujours aussi excellente, nous ravit : on s'empiffre de crêpes et on pousse même le vice jusqu'à piquer celles que nos voisins de table ont laissées. La journée sera consacrée à une longue balade de découverte en forêt, suivie de la descente d'un ruisseau à la rame. Après avoir enfilé nos bottes en caoutchouc, nous voilà prêts, vers 8h, à affronter le sentier boueux partant de l'auberge, Fredy, notre guide, marchant en tête, la machette à la main. Au fil du chemin, quelques pauses devant les variétés d'arbres les plus étonnantes nous permettent de prendre conscience de la remarquable biodiversité : arbres qui marchent, lianes, arbres au vertus médicinales... Puis, nous entrons dans une zone marécageuse (aguajal) au milieu de laquelle poussent de nombreux aguajes (grands palmiers). C'est un endroit de passage pour les perroquets qui peuvent s'y nourrir et s'y reposer. Ensuite, la végétation se densifie et le chemin devient de plus en plus étroit. Ce que nous découvrons à chacun de nos pas surpasse de beaucoup l'idée que nous nous faisions d'une balade en jungle amazonienne. Pour nos yeux d'hommes issus de zone tempérée, tout est exceptionnel : la moindre racine biscornue, les feuillages touffus, les troncs énormes... Chaque plante doit ici déployer des trésors d'inventivité afin de survivre dans cet environnement très concurrentiel : tous les moyens sont bons pour s'approprier le moindre centimètre carré de terre, le moindre rayon de soleil ou la moindre goutte d'eau.

De notre sentier, nous ne voyons désormais plus beaucoup le ciel, tant le toît de verdure qui nous recouvre est impressionnant. Au pied d'un arbre, Fredy nous signale un nid de tarentule, dans un trou. En la titillant avec une brindille, il parvient à la faire sortir de son trou : on aperçoit d'abord une patte velue puis elle se décide à sortir complètement. Son corps mesure environ 5 cm de diamètre, 10 en comptant les pattes !

PuertoM-tarentule.JPG    PuertoM-Fredy-Lieve-Glenn.jpg

Après deux bonnes heures de marche, notre sentier arrive au niveau d'un ruisseau, le río Loboyoc, que nous allons descendre doucement, en pirogue et à la rame, pour ne pas troubler la quiétude des lieux. PuertoM-rio-sauvage.JPGIci, c'est le royaume des caïmans, anacondas, piranhas... La descente de rivière est vraiment magique, nous entrons à l'intérieur d'un véritable tunnel de verdure et les bruits de la nature sont tout proches : bruissements d'ailes, branches qui craquent sous le poids d'un singe, clapot laissé par un caïman en fuite... Notre guide aux yeux de lynx repère les animaux et oriente nos regards, sans quoi on passerait vraiment à côté de beaucoup de choses. Cette communion avec la nature nous impressionne réellement : nos yeux de citadins ne sont vraiment pas habitués à observer ! Notre barque glisse silencieusement sur l'eau jusqu'à tomber nez à nez, au détour d'un bras de rivière, avec une loutre, perchée sur un rondin de bois. Elle semble au moins aussi surprise et curieuse que nous et on se dévisage mutuellement pendant une longue minute avant qu'elle ne se décide à plonger dans l'eau jaunâtre de la rivière. La pirogue est à peine quelques centimètres au-dessus de la surface de l'eau, ce qui n'est pas vraiment pour nous rassurer lorsqu'on aperçoit la queue de deux caïmans à moins d'un mètre de notre embarcation !

Il est déjà presque midi et la faim commence à nous assaillir. On s'arrête alors pour un pique-nique à bord, sur l'eau : au menu des juanes dé-li-cieux ! PuertoM-juanes.jpgIl s'agit de poulet accompagné de riz parfumé avec poivrons, olives, raisins, le tout cuit à la vapeur et enveloppé dans une grande feuille de bananier. La feuille a même permis de garder le tout au chaud jusque là... ce déjeuner est un vrai régal des sens ! La forêt amazonienne nous révèle toujours plus d'odeurs et de bruits mystérieux. Notre guide réagit à chaque cri d'oiseau et nous donne son nom, tantôt en espagnol, tantôt en anglais, et même parfois en langue indigène... bref, pas facile de s'y retrouver ! On remonte ensuite le ruisseau pour s'arrêter à nouveau dans un endroit où les poissons pululent. Les cannes à pêche sont de sortie, on appâte avec des morceaux de poulet. Très vite, ça mord... le poulet, mais pas l'hameçon ! Après maintes remontées de lignes infructueuses, Fredy décide de prendre les choses en main... et ça marche ! Il sauve l'honneur en attrapant une sardine d'une dizaine de centimètres : un peu juste pour le dîner ! Après une heure de pêche, le bilan est bien maigre.

Retour à l'estancia (au pas de charge) par le même chemin que le matin. Les pieds ont souffert dans les bottes : de magnifiques ampoules ont poussé sur les pieds de Glenn et Florent ! Mais ça ne les empêche pas de défier les guides du camp pour un match de foot. Fredy, Luis et Lieve vs. Glenn, Florent et JB. Une partie acharnée qui s'achève sur une blessure, après 3/4 d'heure de jeu : jouant pieds nus, je me retourne violemment les orteils du pied droit et j'en serai quitte pour une belle entorse. Un petit tour à la piscine s'impose pour soulager les petits bobos des uns et des autres. PuertoM-cours-danse.JPGPuis vient l'heure de l'apéro qu'on prend dans des hamacs. On profite alors pleinement des clips de chansons péruviennes et boliviennes qui défilent sur la télé du bar : kitschissime ! Fredy et Luis sont étonnés de l'intérêt que nous portons à la musique locale et ils nous apprennent alors quelques pas de danse... franc succès et énorme poilade avec Glenn et son déhanché légendaire. Les petites douleurs aux pieds sont vite oubliées après quelques verres de Pisco Sour !

Pour notre dîner d'adieux, on commande une bouteille de vin chilien, ce qui ne fait qu'accentuer la tournure délirante que prend une fois de plus la conversation... pauvre Fredy, pas toujours facile de suivre l'humour franco-belge ! La signature du livre d'or est dans le même registre et on conclut le repas par un échange de stylos, pour sceller l'amitié franco-belge, comme à la fin de tout congrès international qui se respecte. Retour au bar pour les derniers verres et encore quelques clips musicaux à base de subtiles contre-plongées et fondus enchaînés de toute beauté. L'ambiance monte encore d'un ton, mais nous sommes vite refroidis par l'arrêt du groupe électrogène à 22h. Hop, tout le monde au lit, et pas besoin de berceuse !
PuertoM-diner-adieux.JPG
par JB
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Samedi 4 août 2007
Réveil 7h et dernier petit-dej à l'auberge, toujours aussi copieux. Le temps de rassembler nos affaires et nous partons vers 8h pour Puerto Maldonado : on remercie tous les employés et le mini-bus nous ramène à la ville. Fredy, notre fidèle guide, nous fait la visite d'un atelier de construction de barques en bois. PuertoM-vente-fruits.jpgIl s'agit d'une activité économique importante dans la région, du fait que la principale voie d'accès et de transport demeure le fleuve. Nous passons ensuite au marché local pour faire quelques emplettes. L'urgence, c'est l'achat de tongs pour moi car mon pied enflé est comprimé dans mes chaussures. Ensuite, nous nous faisons conseiller par Fredy pour le choix de quelques DVD musicaux, dont les clips nous laisseront un souvenir impérissable ! Dans notre sélection, le groupe Caliente d'Iquitos (Komo Hago), Nectar et son tube El Arbolito (à moins que vous ne préfériez cette version là !), Grupo 5 avec El Embrujo et l'énormissime Celia dont le clip est tourné lors du carnaval de La Paz (c'est une danse traditionnelle guerrière de Bolivie, appelée tinku) : à ne pas manquer !!! Quelques achats supplémentaires pour nos amis belges (bouteilles de Pisco, hamac) puis on les accompagne à l'aéroport car ils rentrent à Lima, pour repartir en Belgique le lendemain.

Nous sommes samedi midi et nous ne repartons de Puerto Maldonado que lundi matin. Avec Fredy, nous évoquons alors la possibilité d'aller faire une excursion au Lago Sandoval le lendemain. Il nous laisse partir déjeuner en ville et on prévoit de se revoir dans l'après-midi pour régler les détails. On trouve un hôtel, à deux pas de la Plaza de Armas, que Fredy nous a conseillé (Tres fronteras). Petit tour dans une tienda internet : je peux enfin vider la carte mémoire de mon appareil photo et graver un CD avec les clichés de la première partie du voyage.

PuertoM-toboggan.jpg Lorsqu'on retrouve Fredy à 14h, nous tombons rapidement d'accord pour partir en excursion le lendemain à 5h30 (il s'est rensigné auprès des autorités du Parc Naturel et a réservé une barque). Il nous propose alors de l'accompagner à la "plage" de Puerto Maldonado : étant à environ 1000 km de la côte, il s'agit en fait d'un étang aménagé pour la baignade, à une dizaine de kilomètres de là. On s'y rend en motocarro (20 minutes) et on profite bien de la baignade, même s'il ne fait pas très chaud (25 °C quand même). On s'amuse ensuite comme des p'tits fous sur le toboggan aquatique : on a du mal à arrêter Fredy ! PuertoM-palmiers.jpgOn boit une petite bière en bordure de plage et on rentre à Puerto Maldonado avec le même motocarro qui nous a attendus, moyennant quelques soles.

Retour à l'hôtel pour prendre une douche et dîner dans un resto Chifa (mélange entre la cuisine chinoise et péruvienne). Nous rejoignons ensuite Fredy et le groupe des 5 Français rencontrés 2 jours plus tôt dans la jungle : c'est samedi soir et toute la ville s'est donné rendez-vous sur la Plaza de Armas. Le centre de la place est réservé aux enfants et aux parents qui les accompagnent : ici, pas de manège, mais un loueur de tricycles et voitures à pédales. Ils font donc tous la course autour de la place. Sur les pourtours, les jeunes sont installés sur les bancs et se retrouvent avant de sortir en boîte ou peña. On goûte les délicieuses glaces du meilleur glacier du coin et on part prendre un pot dans un bar. Nous sommes plus de dix, puisque Fredy est venu avec Roberto, le chauffeur de la navette de l'estancia Bello Horizonte, et Jean-Claude a invité ses "potes" du coin. Après la tournée réglementaire de Pisco Sour, on se décide à aller dans une peña à la sortie de la ville : à trois par motocarro et c'est parti !

Arrivés à la peña "La Choza", l'entrée est gratuite et il y a beaucoup de monde ! C'est une grande cour en plein air, avec une scène sur laquelle joue un groupe et une piste de danse, au milieu, entourée de tables et chaises.PuertoM-pena.jpg La musique est un savant mélange de rythmes péruviens, brésiliens et boliviens (proximité des trois frontières oblige) : merengue, salsa, cumbia, lambada... La Brahma (bière brésilienne plutôt légère) coule à flot et tout le monde danse (femmes, hommes, jeunes et moins jeunes). Sur scène, des danseuses assez court vêtues se déhanchent énergiquement, ambiance caliente ! Entre deux chansons, on assiste à de curieux allers et venues puisque tout le monde va se rasseoir pour quelques secondes, avant de repartir danser à la chanson suivante. On se retrouve donc seuls, nous touristes, sur la piste de danse désertée, à la fin de chaque morceau, pendant quelques instants. Le petit cours de danse prodigué par Fredy ne suffit pas : décidément, nous n'avons pas le déhanché très naturel. Le temps passe très vite et il est déjà 1h30 quand on se décide à rentrer. On arrive à l'hôtel à 2h : vite au lit parce qu'on doit se réveiller à... 5h pour partir au Lago Sandoval !
par JB
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Dimanche 5 août 2007
Nos trois petites heures de sommeil nous auront paru bien courtes et c'est avec la bouche un peu pâteuse que l'on rejoint à 5h30 Fredy, lui aussi bien ponctuel malgré sa petite nuit. Il nous avoue que son réveil a été aussi difficile que le nôtre, mais la motivation prend facilement le pas sur la fatigue et nous partons en direction de l'embarcadère, au bord du río Madre de Dios. PuertoM-Sandoval6h.jpgEn chemin, on fait même quelques achats pour notre petit-dej et pique-nique du midi. Nous embarquons vers 6h sur la barque à moteur qui nous attend comme prévu (100 NS pour l'aller-retour) : le fond de l'air est frais, mais le spectacle de la nature au réveil est époustouflant. Ca ne nous empêche pourtant pas de sombrer peu à peu dans le sommeil, allongés au fond de la barque. Nous débarquons vers 7h30, à proximité du Lago Sandoval. Il fait maintenant bien jour et nous arrivons rapidement à l'entrée du Parc Naturel (30 NS / pers.).

Dès l'entrée, une petite exposition présente de manière très simple la faune et la flore locales : très instructif et ça fait office de piqûre de rappel après nos deux journées d'excursion à l'estancia Bello Horizonte. Puis on se met en route, sur un sentier assez large, et l'on s'enfonce peu à peu dans la forêt. Toujours beaucoup de cris d'oiseaux, mais le chemin est plus fréquenté que tous ceux qu'on a pu arpenter jusque là, puisqu'on croise quelques groupes accompagnés de leur guide. Après environ une heure et demie de marche, nous arrivons au bord d'un ruisseau où nous attend une pirogue, avec rames (location 30 NS pour 4h).

PuertoM-Sandoval-rio.jpg Nous partons sur l'étroit cours d'eau pour une balade inoubliable. Très vite, nous arrivons sur une grande étendue d'eau bordée d'arbres immenses : le Lago Sandoval. Il s'agit d'un bras mort du Madre de Dios qui s'est trouvé isolé du río suite à un changement d'orientation du courant. Le spectacle est saisissant : notre barque nous paraît bien petite au milieu de ce lac d'un kilomètre sur deux. Le silence impressionnant n'est troublé que par les cris de singes ou le chant des oiseaux, cachés dans les feuillages touffus de la berge. On entreprend d'en faire le tour à la rame : on croise en nombre ibis, hérons, tortues... Mais l'animal le plus singulier rencontré est le hoazin, un gros oiseau qui ne vole quasiment pas, ressemblant un peu à un faisan et poussant des cris rauques. Son origine demeure d'ailleurs assez mystérieuse.

PuertoM-LagoSandoval.jpg
PuertoM-arbre-lianes.jpgUne petite halte sur la berge est l'occasion de vérifier que l'homme descend du singe : tentative d'escalade d'un arbre, en passant de liane en liane. Visiblement, nous n'en sommes pas tous au même stade d'évolution... Plus loin, un mirador installé sur la rive nous permet de surplomber l'ensemble. On s'y arrête pour manger, alors qu'il n'est que 11h, mais nos estomacs commencent à crier hambre. Nous continuons ensuite notre tour ; le soleil tape fort désormais et c'est avec plaisir que nous nous arrêtons sur une petite plage au bord de l'eau. Baignade ou sieste, selon l'envie de chacun ; ni anaconda ni caïmans a priori dans cette partie du lac, de toutes façons l'eau n'est pas assez claire pour qu'on les voie approcher et c'est très bien comme ça... Mais le clou du spectacle reste cette corde amarrée à l'un des cocotiers qui bordent l'eau : au grand concours de Tarzan, c'est le p'tit gars du coin qui gagne. Fredy nous gratifie de jolies pirouettes que Pierre Fulla se serait fait un plaisir de commenter !

PuertoM-Sandoval-Tarzan0.jpgPuertoM-Sandoval-Tarzan1.jpgPuertoM-Sandoval-Tarzan2.jpgPuertoM-Sandoval-Tarzan3.jpgPuertoM-Sandoval-Tarzan4.jpgPuertoM-Sandoval-Tarzan5.jpg

Florent me remplace ensuite à la rame pour la fin du tour de lac et je prends le relais pour les photos. Quelques jolis clichés d'oiseaux en vol au ras de l'eau. PuertoM-Sandoval-oiseaux.jpgDes tortues se dorent au soleil sur une branche qui flotte. On aperçoit aussi furtivement quelques caïmans. Nous terminons notre tour vers 13h et on rentre à pied par le même chemin qu'à l'aller : énormément de papillons multicolores, au point que nous en sommes presque blasés, alors que le moindre d'entre eux, croisé sous nos latitudes, nous laisserait béats d'admiration quelques minutes. Fredy repère pour nous également un paresseux et quelques singes-araignée (dont la queue préhensile leur sert lors de leurs déplacements) à l'agilité déconcertante qui traversent tranquillement le chemin, au-dessus de nos têtes, en sautant de branche en branche. Nous arrivons vers 15h à l'embarcadère au bord du Madre de Dios, où l'on retrouve la barque et son pilote qui nous ont amenés le matin même. Le trajet de retour vers Puerto Maldonado est l'occasion d'un bonne sieste d'une heure, le visage caressé par le vent "apparent" du bateau et chauffé délicatement par le soleil : un petit délice !

Arrivés à Puerto Maldonado, nous allons prendre un dernier verre avec Fredy et on en profite pour régler nos dettes envers notre excellent guide. Sa compagnie nous a été fort agréable durant ces quelques jours et c'est chaleureusement que nous le recommandons à nos lecteurs (son email). Plus qu'un guide bardé de diplômes, on sent en lui cet instinct de la nature qu'ont les natifs d'Amazonie et la barrière guide/touriste est très vite tombée pour laisser place à une relation humaine vraie et un échange très enrichissant. Gracias por todo Fredy, mucha suerte !

Après un rapide passage dans un café internet, on dîne dans un petit resto pour trois fois rien, puis on rentre à l'hôtel assez tôt pour (enfin !) retrouver nos lits et y passer une nuit digne de ce nom !
PuertoM-Sandoval.jpg
par JB
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Lundi 6 août 2007
PuertoM-motocarro.jpg Lever 8h et départ pour l'aéroport en motocarro. Nous traversons une dernière fois cette ville qui, bien qu'assez moche, nous laisse quand même une impression bien sympathique. Et c'est avec un petit pincement au coeur que l'on voit peu à peu s'éloigner les toits en tôle ondulée de Puerto Maldonado. A notre arrivée dans le hangar... euh... l'aérogare, nous sommes un peu seuls : on a respecté scrupuleusement les consignes qui stipulent d'arriver deux heures avant le décollage. Apparemment, nous sommes les seuls à l'avoir fait et on a donc largement le temps de prendre un petit-dej., en attendant l'ouverture des premiers guichets d'embarquement.

Le décollage est prévu vers midi. Nous sommes les premiers à l'enregistrement, ce qui nous permet de choisir un siège près de la fenêtre. Nous ne le regretterons pas : bien que le vol Puerto Maldonado-Cusco ne dure qu'une demi-heure, le paysage est magnifique ! Dès le décollage, nous survolons les méandres du río Madre de Dios. On prend alors réellement conscience de l'immensité de cette forêt et des difficultés d'accès à une telle région. Puis le paysage change brusquement lorsque le relief s'élève : la verdure laisse alors la place au paysage lunaire et parfois même enneigé de la Cordillère. On aperçoit distinctement les pistes qui traversent cette chaîne montagneuse impressionnante : c'est l'une d'entre elles que nous avons empruntée lors de notre voyage aller mémorable. On distingue quelques villages et habitations très isolés, les vallées étant un peu plus habitées. Au passage d'une crête, nous découvrons subitement la vallée sacrée et Cusco, étonnante métropole au coeur de cet immense massif montagneux. L'atterrissage est assez impressionnant car l'avion descend au beau milieu de la ville, entourée de toutes parts de montagnes infranchissables !

PuertoM-Cusco-rio.jpg   PuertoM-Cusco-montagnes.jpg

Retour à 3400 m d'altitude après une petite semaine passée dans la jungle amazonienne quasiment au niveau de la mer (200 m). Il va falloir se réacclimater aux températures plus fraîches et surtout au manque d'oxygène. De l'aéroport, on part directement au terminal terrestre afin de réserver un bus pour partir à Arequipa le soir même. Vincent et Soizic nous ayant devancé sur ce trajet, nous allons suivre leurs conseils et opter pour la compagnie San Martin (60 NS / pers. en semi cama). Le bus ne part qu'à 22h, nous avons donc toute l'après-midi devant nous pour profiter une dernière fois de Cusco. Passage à l'hôtel où nous avions laissé nos gros sacs pour ces quelques jours dans la selva : on ressort pantalons et polaires ! Nous partons ensuite déjeuner, sans oublier d'accompagner le tout d'un mate de coca contre le sorroche.

On retrouve la Plaza de Armas avec plaisir, sous le soleil, comme toujours. Nous avons décidé de visiter la cathédrale (16 NS / pers.). Cusco-Plaza-de-Armas-fontaine.jpgEn fait il s'agit d'un grand ensemble colonial de trois églises juxtaposées : la cathédrale proprement dite au centre, à gauche la Sagrada Familia et à droite la Iglesia del Triunfo. On constate, comme dans la plupart des églises de la région, la présence de symboles empruntés à la religion des Incas : ainsi, le soleil tient souvent une place importante dans les tableaux religieux des peintres de l'école de Cusco ; de même, ce syncrétisme religieux se retrouve dans les représentations de la Vierge qui sont souvent assimilables à celles de la Pachamama (Terre-Mère), déesse majeure dont la montagne est considérée comme l'incarnation. Les autres pièces marquantes de cette cathédrale sont les deux rétables, l'un en bois ciselé et l'autre en argent massif, d'une grande richesse. Dans la crypte de la Iglesia del Triunfo repose le corps de Garcilaso de la Vega, fils d'un colon espagnol et d'une reine inca, auteur d'un des seuls témoignages directs rapportant la vie des Incas (Comentarios reales de los Incas). Cette visite de la cathédrale a également failli marquer la fin du présent récit puisque j'y ai oublié mon carnet de voyage sur un banc. Heureusement; le temps de m'en rendre compte et de revenir sur mes pas, "mon précieux" avait déjà été transmis à un gardien qui était tout content de me le rendre en mains propres... ouf !

Dernière balade dans les rues de Cusco, toujours aussi agréables. Un petit tour sur internet pour prendre quelques nouvelles de la France et on passe au petit supermarché du coin pour acheter de quoi manger le soir même dans le car pour Arequipa. On se fait plaisir : pain à la française, fromage (genre edam) et Florent craque littéralement devant des tranches de jambon cru à 100 NS le kg ! Carte-Cusco-Arequipa.jpgOn repasse à l'hôtel chercher nos sacs et on prend le taxi pour aller au terminal terrestre. On grimpe dans le car vers 21h45, encore sous le charme de l'hôtesse du guichet d'embarquement. Le bus est assez luxueux : les sièges (semi cama) s'allongent presque à l'horizontale et comportent tous un repose-pieds. Par contre, côté conditions de travail, de l'embarquement des bagages au changement des DVD, chez San Martin (la compagnie de bus), c'est le chauffeur qui fait tout ! On se régale avec nos sandwichs de luxe à la française et on est sur le point de s'endormir lorsqu'on nous passe un film étatsunien très débile (à base de clichés sur les Européens) qui nous tient éveillés bien malgré nous, l'écran étant à 50 cm de nos yeux ! On finit par sombrer dans le sommeil vers minuit et demi.
par JB
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Mardi 7 août 2007
Nous arrivons à Arequipa  vers 5h30, après un voyage en bus de nuit, qui nous a fait passer par Juliaca, à quelques kilomètres du lac Titicaca. Arequipa-cathedrale.jpgLa veille, nous avions repéré dans un de nos guides un hôtel, la pension Thelma, tout près de la Plaza de Armas. On prend donc un taxi qui nous emmène directement du terminal terrestre à l'hôtel en question. La ville est à première vue beaucoup plus grande que Cusco (Arequipa est la deuxième ville du Pérou après Lima) et le plan de ville semble assez simple : de grandes avenues rectilignes qui se croisent à angle droit. Nous arrivons à la porte de l'hôtel à 6h, mais on a beau sonner, pas de réponse. On décide donc de patienter en allant prendre un petit-déjeuner sur la Plaza de Armas au soleil levant et de retenter notre chance un peu plus tard.

La place que nous découvrons est le symbole du style architectural colonial de la ville. Elle est entourée de grands bâtiments au crépi jaune et bordée d'arcades, avec au centre, une fontaine et des palmiers qui la font ressembler aux plus jolies Plaza Mayor d'Espagne. La massive cathédrale en pierre de lave blanche y occupe une place prépondérante. La place déserte à cette heure matinale nous permet de prendre quelques jolies photos, avec la lune qui n'est pas encore couchée. Les nombreuses terrasses au-dessus Arequipa-PlazadeArmas-fontaine.jpgdes arcades nous tendent les bras pour un petit-dej dans un cadre exceptionnel ! La place s'anime peu à peu : déjà des hommes d'affaire pressés s'activent. Le niveau de vie semble ici un peu plus élevé qu'à Cusco, ce qui se confirmera lorsqu'on paiera la note du petit-dej.

Puis, vers 7h15, nous retournons à l'hôtel où la porte est désormais ouverte. On fait une entrée remarquée puisqu'en me retournant dans le couloir d'entrée, mon sac à dos heurte une plante sur un meuble. Dans un grand fracas, celle-ci s'écrase sur le sol et miraculeusement seule la coupelle se casse. Les chambres sont à quelques mètres, tous les gens sont donc prévenus de notre arrivée ! Nous louons une chambre idéalement placée pour 50 NS pour deux.

Après une bonne douche, le besoin impérieux de vêtements propres se fait "sentir" (c'est le mot !). L'heure est donc à la recherche d'une laverie : on en trouve une non loin de l'hôtel, un peu plus chère qu'à Cusco. Nous tentons de marchander un peu le prix, mais la commerçante est tellement charmante qu'un simple battement de cils et 2-3 sourires ruinent tous nos espoirs de négociation. Et comme elle fait aussi agence de voyage, on la laisse bien volontiers nous proposer une excursion dans le cañon de Colca : on écoute avec grand intérêt les détails du trek qu'elle nous propose, mais on finit par retoucher terre et décider de se renseigner dans 5 ou 6 agences sérieuses répertoriées dans les guides. On passe pas mal de temps à courir aux quatre coins de la ville pour finalement se faire proposer toujours à peu près le même programme, à des prix plus ou moins identiques. Nous recherchons un trek pour 3 jours sortant un peu des sentiers battus et ça n'a pas l'air si facile. On pense pouvoir obtenir des conseils objectifs à l'Office de Tourisme d'Arequipa, mais on nous explique sur un semblant de plan en moins de 30 secondes qu'on peut aller ici ou là, et que tout est bien de toutes façons... On essaie une dernière adresse glanée sur le Routard, assez excentrée. C'est un couple de Français, installés à Arequipa, qui proposent des treks de deux jours dans le cañon de Colca, précédés d'une nuit dans un hôtel dont ils sont propriétaires à Yanque, près de Chivay : l'hôtel Tradición Colca. Arequipa-SantaCatalina1.jpgC'est un peu plus cher que la moyenne (250 NS / pers. pour les 3 jours), mais leur offre paraît un peu différente de ce qu'on a pu voir ailleurs. On se décide donc pour cette option, en prévoyant un départ le surlendemain, de manière à pouvoir visiter Arequipa tranquillement.

  Juste après un bon déjeuner requinquant à base de pollo + papas fritas, on consacre l'après-midi à la visite du couvent Santa Catalina, le joyau d'Arequipa, un véritable village dans la ville. Passé l'impressionnant mur d'enceinte, nous nous trouvons plongés dans un dédale de ruelles et patios aux couleurs vives : les murs sont recouverts d'enduit rouge, bleu, ocre... Loin de l'austérité à laquelle on pourrait s'attendre, cette harmonie de couleurs, de cloîtres fleuris et de fontaines, confèrent au lieu une atmosphère chaleureuse. Arequipa-SantaCatalina-cloitre.jpgDe sa construction au XVIe siècle jusqu'au XIXe, les religieuses y avaient une vie très libre : elles avaient la possibilité de recevoir du monde, de vivre à plusieurs par cellule (la colocation de l'époque) et chacune pouvait disposer de servantes (jusqu'à quatre !). Le couvent accueillait essentiellement des filles issues de l'aristocratie espagnole et le mobilier des chambres était la plupart du temps d'une grande valeur. Suite à la visite de Flora Tristan (militante féministe, grand-mère de Paul Gauguin) en 1833 et au récit qu'elle en fit à son retour en Europe, le pape mit fin à cette vie luxueuse pour rétablir une vie plus rangée et conforme aux règles de vie actuelles des nonnes qui occupent encore une partie du couvent. Les cellules sont relativement grandes et ont toutes leur cuisine privative à laquelle est accolée la chambre des bonnes. Florent se régale en testant les réglages de son tout nouveau Reflex !

Arequipa-SantaCatalina2.jpg
A la sortie de cette visite, on se retrouve pris dans la foule des Arequipeniens sortant du travail : la Plaza de Armas grouille de monde. Arequipa-noche.jpgC'est pour nous l'occasion de croiser toutes sortes de vendeurs ambulants, tous plus improbables les uns que les autres : outre les cireurs de chaussures bien répandus dans tout le pays, on croise des vendeurs de rue spécialisés dans la vente de lacets, de paillassons, de lunettes de vue, d'appareils auditifs... On récupère notre linge (propre !) et, en passant devant l'Alliance Française, Florent repère un cycle cinéma en cours consacré à François Truffaut. Notre occupation de début de soirée est toute trouvée : nous irons voir "L'amour en fuite", film avec Dorothée "pour la première fois à l'écran". Pas la dernière, heureusement... ou pas !

Après le film, on décide de se faire plaisir (encore !) et on choisit un resto de luxe qui nous permet d'apprécier quelques spécialités d'Arequipa, à base de produits de la mer et le plus souvent assez épicées. On s'en sort pour 90 NS pour deux vin compris (21 €)  : de (très) loin le repas le plus cher qu'on ait mangé... mais c'était délicieux ! Retour à l'hôtel et coucher vers 23h30.
par JB
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